
Lors de l’Assemblée générale de l’ICOMOS à Kuching, Gráinne Shaffrey a été élue nouvelle présidente de l’ICOMOS pour le mandat 2026-2029.
Alors que l’événement touche à sa fin, la présidente nouvellement élue de l’ICOMOS s’adresse à l’Assemblée générale pour la première fois de son mandat.
Chers collègues et amis de l’ICOMOS, Mesdames et Messieurs les invités, dans cette salle comme en ligne,
C’est avec un profond sentiment d’honneur, de responsabilité et d’humilité que je m’adresse à vous en tant que dixième Présidente de l’ICOMOS. Je prends la suite d’une remarquable lignée de présidents qui, au fil des ans, ont bâti une organisation exceptionnelle, devenue une force positive pour le monde. Quant à notre Présidente sortante, Teresa Patricio, elle sera, je peux vous l’assurer, très difficile à égaler !
Comme l’ont montré les nombreux échanges et présentations de ces derniers jours, l’ICOMOS occupe une place singulière dans le monde du patrimoine culturel, c’est une véritable référence dans l’évolution et le renouvellement des approches patrimoniales. À une époque marquée par une instabilité et une incertitude croissantes, l’ICOMOS constitue un point d’ancrage solide, fondé sur un socle de valeurs : le respect mutuel, l’indépendance, un esprit de coopération dénué de préjugés et la transdisciplinarité. Si nous restons collectivement fidèles à nos principes fondamentaux, cet ancrage sera de plus en plus reconnu comme un gage d’espoir et une voie vers un avenir plus durable.
Mon admiration pour l’ICOMOS et pour toutes celles et ceux qui font vivre notre action ne fait que croître à mesure que j’apprends mieux et que je m’y investis encore plus. Cette communauté mondiale de membres bénévoles et engagés est une source d’inspiration. Je salue la générosité exceptionnelle de chacune et chacun d’entre vous, qui donnez votre temps, vos compétences, votre passion, et bien plus encore, au service de notre mission : l’action climatique ; la préparation et la réponse à des crises de plus en plus nombreuses et variées, avec un engagement qui ne faiblit pas durant la phase de rétablissement ; l’élaboration méticuleuse de cadres conceptuels novateurs et d’orientations pratiques, à travers nos textes doctrinaux ; la fourniture d’avis rigoureux, véritablement experts, indépendants et éclairés, sur le patrimoine mondial ; et enfin le travail de terrain, sans lequel nous ne pourrions subsister, accompli à l’échelle locale au sein des comités nationaux et transnationaux par tant de membres que nous ne voyons pas forcément lors de ces rencontres, qui s’engagent peut-être moins sur la scène internationale, mais qui forment le socle de notre organisation.
En ce moment, c’est peut-être vers moi que vous regardez ; je vous invite plutôt à penser un instant aux membres de l’ICOMOS de votre pays qui ne sont pas parmi nous et, tout aussi important, à ceux des pays voisins, et à saluer leur engagement, comme le vôtre, en faveur de la protection, de la valorisation et de la transmission du patrimoine culturel, dans le respect de nos Principes éthiques.
Cet engagement, rare, je ne le tiens pas pour acquis ; avec le Conseil d’administration, nous nous emploierons à trouver les moyens d’améliorer les conditions de la participation.
Comme je l’avais indiqué dans ma profession de foi, je suis là pour écouter, pour réfléchir avec soin et pour faire avancer l’ICOMOS dans un esprit collectif et collaboratif. Et je fais mienne une leçon de ma chère collègue Zeynep Gül Ünal, lorsqu’elle évoquait la manière dont l’ICOMOS pourrait répondre aux catastrophes et aux conflits : c’est lorsque nous nous rassemblons pour penser ensemble et agir ensemble que nous sommes les plus efficaces et les plus influents.
Je remercie toutes celles et tous ceux qui m’ont rencontrée et se sont entretenus avec moi avant l’élection : vos propos m’ont beaucoup appris, et ils nourriront et orienteront notre action au cours des trois prochaines années. J’ai aussi été très attentive, durant cette Assemblée générale et ce Symposium scientifique, aux voix qui se sont exprimées en réunion, mais aussi à celles des conversations informelles, plus modestes mais indispensables. Ce qui compte réellement pour moi, et j’espère que pour vous aussi, c’est un mode de travail respectueux, rigoureux, collaboratif et ouvert. Lorsque nous passons à l’action en nous appuyant sur l’esprit critique et sur un débat ouvert et respectueux, puis que nous revenons à la réflexion et à l’évaluation, notre action n’en est que meilleure et plus efficace.
De nombreuses tâches importantes nous attendent, notamment celles que prévoient les résolutions que vient d’adopter cette 22e Assemblée générale, parmi lesquelles se trouve notre Programme général triennal. Mon mandat de trois ans nous rapproche de l’échéance de 2030. Nous réfléchirons à la manière de marquer cette date symbolique et, plus important encore, nous préparerons l’après-2030, en plaçant la culture au cœur des politiques de développement et un ICOMOS qui s’affirme comme l’organisation internationale d’experts de référence au service du développement durable par le patrimoine culturel.
Parmi les mots qui ont le plus résonné en moi ces derniers jours figurent « changement » et « continuité ». Le changement est inévitable, et en cet instant, le nouveau Conseil d’administration et moi-même l’incarnons. Mais changement ne signifie pas forcément rupture, perte ou bouleversement. Le changement peut se nourrir des fondations existantes et s’y adosser. Il peut s’accommoder de la continuité et nous porter en avant sans nous faire renier les valeurs intemporelles qui nous définissent.
Cette Assemblée générale s’est aussi penchée sur notre diversité multiculturelle, en explorant la terminologie et le sens, non seulement comme textes écrits, paroles prononcées ou concepts pensés, mais aussi comme expressions de spécificités et de diversités culturelles. Et, comme il se doit lors d’un événement de l’ICOMOS, je n’ai pu résister à l’envie de tirer un acronyme des quatre piliers du Symposium scientifique : Respect, Enhance (mise en valeur), Accept (acceptation) et Partnership (partenariat). Leurs initiales forment le mot anglais REAP, qui signifie « récolter » : la moisson que nous pourrions tirer de ce que nous aurons semé, entretenu et cultivé avec sagesse.
Je viens d’Irlande, un pays minuscule à l’échelle du monde, par sa population comme par sa superficie. Notre histoire est faite de migrations et de mouvements. Île au large d’une île, aux confins d’un continent, nous avons toujours regardé vers le large, et les idées et la culture sont arrivées et reparties au gré des marées. Je puise mon inspiration dans cette condition, qui a façonné mon propre intérêt pour le monde et ma vision d’ensemble. J’ai rejoint l’ICOMOS pour son horizon mondial, et c’est cet horizon que je porterai tout au long de mon mandat.
Je terminerai par quelques félicitations et remerciements, à titre personnel.
Mes félicitations et mes remerciements vont :
Mes remerciements vont également :
Je vous laisse avec un vœu traditionnel en gaélique irlandais, que j’ai très légèrement adapté :
Go n-éirí an bóthar linn
Go raibh an ghaoth go brách ag ár gcúl
Go lonraí an ghrian go te ar ár n-aghaidh
Go dtite an bháisteach go mín ar ár bpháirceanna
Agus go mbuailimid le chéile arís,
Go gcoinní an Mháthair-Chruinne i mbos mhín a láimhe sinn.
Que la route vienne à notre rencontre,
Que le vent soit toujours dans notre dos,
Que le soleil réchauffe doucement nos visages,
Que la pluie tombe doucement sur nos champs,
Et jusqu’à ce que nous nous retrouvions,
Que la Terre-Mère nous tienne au creux de sa main.
Go raibh maith agaibh go léir
Merci, Gracias, Thank you, Terima kasih