
Le riche patrimoine culturel africain est de plus en plus menacé par le changement climatique, les inondations, les tempêtes, les sécheresses et l’érosion – représentant des risques importants pour le patrimoine architectural, en particulier bâti en terre. Les professionnels du patrimoine doivent de toute urgence prendre des mesures durables, concrètes et efficaces pour faire face, voire prévenir, les effets du changement climatique sur leur patrimoine.
La variabilité climatique a des effets progressifs mais néfastes sur les matériaux, car elle en accélère la détérioration au fil du temps. De nombreux sites patrimoniaux en Afrique, notamment ceux construits en terre, souffrent d’un manque de politiques de conservation et de stratégies de gestion préventive des risques clairement définies. Ainsi, cette situation les rend particulièrement vulnérables à des dommages irréversibles. Ces impacts ne concernent pas uniquement les biens patrimoniaux. Ils affectent également les communautés locales qui en dépendent sur les plans culturel, économique, spirituel et social.
Pour relever ces défis, l’ICOMOS, avec le soutien de l’ALIPH, lance un programme de renforcement des capacités destiné aux professionnels, jeunes ou en milieu de carrière, du patrimoine culturel. L’objectif est de favoriser un transfert de connaissances durable, afin d’obtenir un impact régional. Compte tenu des liens complexes entre le changement climatique et la conservation du patrimoine, le programme comprendra une formation abordant des questions interdépendantes. Ces thèmes sont au cœur des défis que pose le changement climatique pour la conservation des sites d’architecture en terre.
Le programme se concentrera sur les interactions complexes entre le changement climatique et la conservation du patrimoine, à travers un cours de formation spécialisé. Ce cours abordera des questions essentielles liées à la technique, à l’environnement et à la préparation aux risques. La formation sera organisée à la Cour royale de Tiébélé au Burkina Faso. Récemment inscrit au patrimoine mondial, le site est particulièrement exposé aux menaces climatiques, telles que les inondations et la sécheresse. Choisi pour sa pertinence et sa vulnérabilité, il servira de laboratoire vivant. Les participants y mèneront un apprentissage appliqué.
Conçu à l’échelle régionale, le programme répond directement aux besoins exprimés par les Comités nationaux de l’ICOMOS et les partenaires locaux à travers l’Afrique. L’ICOMOS s’appuiera sur ses réseaux bien établis et ancrés localement, notamment les Comités nationaux de plus de quinze pays africains. Le comité du Burkina Faso jouera, quant à lui, un rôle central de coordination. En outre, l’initiative mobilisera également l’expertise internationale par le biais des Comités scientifiques et des groupes de travail de l’ICOMOS. Parmi eux figurent notamment le Comité scientifique international sur le patrimoine architectural en terre (ISCEAH), le Comité international sur la préparation aux risques (ICORP) et le Groupe de travail sur l’action climatique (CAWG).
Avant la formation, des experts internationaux et nationaux ont mené une mission préparatoire afin de concevoir un contenu spécifiquement adapté aux enjeux locaux. Cette mission a permis de rencontrer les parties prenantes et les autorités locales. Elle a également inclus des visites de sites et des évaluations sur le terrain, ainsi que l’identification d’études de cas prioritaires et des besoins logistiques et techniques.
Un formateur international et deux formateurs locaux, en collaboration avec des experts d’ICOMOS Burkina Faso, ont identifié les sites de travail et les besoins spécifiques de la formation. Ces démarches visaient à garantir un contenu solidement ancré dans le contexte local. La mission a ainsi débuté le 2 février à Ouagadougou et s’est poursuivie à Tiébélé jusqu’au 6 février.
Ce travail préparatoire a réuni Mariana Correia (membre experte de l’ICOMOS ISCEAH – Comité scientifique international du patrimoine architectural en terre), Bély Hermann Niango (président d’ICOMOS Burkina Faso) et Haoua Cissé (trésorière d’ICOMOS Burkina Faso). L’équipe comprenait également Sayouba Tiemtoré, Clara Sawadogo et Ibrahim Tchan. Tous sont experts en architecture en terre et originaires du Burkina Faso et du Bénin.
L’équipe missionnée a pu rencontrer les autorités administratives et traditionnelles. Parmi elles figuraient le gouverneur de la région de Nazinon à Manga, le président de la délégation spéciale de la municipalité de Tiébélé, ainsi que le régent et les princes de la cour royale.
Par ailleurs, les experts ont visité la cour royale et sa zone tampon, ce qui leur a permis d’observer les pratiques sociales locales, l’organisation architecturale et les cycles de décoration murale. Les échanges avec les membres de la communauté ont porté sur les connaissances traditionnelles, les matériaux, et, plus largement, les effets du changement climatique sur le site et les pratiques associées.
Les traditions de peinture murale kassena ont fait l’objet d’une attention particulière, notamment lors d’une rencontre avec Mme Kayè Tintana. Reconnue par le ministère burkinabè de la Culture et du Tourisme comme “trésor humain vivant”, Mme Tintana est également résidente de la cour royale. La mission s’est ensuite conclue par une réunion au ministère de la Culture.
Un appel à candidatures sera lancé à la mi-février 2026.
Les candidats doivent être des professionnels africains en début ou en milieu de carrière, impliqués dans la conservation du patrimoine bâti en terre. Une expérience professionnelle minimale de trois ans est requise. Elle doit concerner l’architecture en terre, le patrimoine, le changement climatique et la gestion des risques de catastrophe. De plus, les candidats doivent démontrer une motivation sincère à améliorer leurs compétences, mais également une capacité à réinvestir les acquis de la formation dans leur pratique professionnelle.
Toutes les candidatures éligibles sont les bienvenues, indépendamment de la nationalité, du sexe ou du handicap. Les femmes et les personnes issues de groupes sous-représentés sont vivement encouragées à postuler.