Reconversion en condominiums résidentiels de la manufacture
de textiles Paton, Sherbrooke, Qc
L'UNION FAIT LA FORCE
Reconversion de la manufacture de textiles Paton en condominiums
Par François LeBlanc
(Publié en 1985)
Les gens d'affaires saisissent peu à peu la valeur économique
du patrimoine et s'associent à ses défenseurs. La
reconversion de la "Paton" à Sherbrooke le prouve.
Pendant une dizaine d'années, la Fondation canadienne pour
la protection (FCPP) a acquis des édifices historiques d'un
bout à l'autre du pays, du Yukon à la Nouvelle-Écosse.
Elle les a remis en état et les a, soit ouvert au public,
ou revendus sur le marché immobilier. Ces transactions visaient
à maintenir la Fondation sur le marché immobilier
afin qu'elle puisse tirer des leçons des problèmes
rencontrés par les propriétaires de bâtiments
à caractère patrimonial.

La Paton en 1983 avant réhabilitation

La Paton en 1984 après réhabilitation
LA NÉCESSAIRE ASSOCIATION
Vers 1978, la FCPP crée un fonds de roulement interne qui
lui permet d'acquérir certains immeubles. On comprendra qu'une
telle politique, pratiquée sur une grande échelle,
a coûté très cher, si bien que le fonds de roulement
s'est épuisé très vite.
En 1981, la FCPP décide d'explorer une nouvelle approche
: s'associer avec des promoteurs privés et réaliser
ensemble des projets d'une certaine envergure. Elle espérait
ainsi faire bénéficier l'entreprise privée
de ses connaissances dans le domaine du patrimoine architectural
et profiter en même temps de l'expérience de ses partenaires
dans l'exécution de projets importants.
Cette politique d'ouverture est constante au sein de la Fondation.
Certes, celle-ci dispose de ressources techniques et financières,
mais il faut bien reconnaître qu'elles sont négligeables
en comparaison des efforts qui doivent être déployés
dans tout le pays. La seule façon aujourd'hui, de multiplier
ses efforts, d'avoir un effet synergique, c'est de s'associer à
d'autres organismes, institutions ou groupes prêts à
oeuvrer en fonction d'un objectif commun. Voilà pourquoi
la FCPP s'est associée au Conseil des monuments et sites
du Québec, aux promoteurs et aux marchands des rues principales.
UNE INDUSTRIE REVIT
Récemment à Sherbrooke, la FCPP a fait l'expérience
d'une collaboration fructueuse qui a permis de sauver un bâtiment
industriel, la "Paton". L'une des toutes premières
filatures de laine du Bas-Canada, elle a été fondée
à Sherbrooke en 1866. Monsieur Paton lançait alors
une entreprise destinée à devenir l'une des plus importantes
du pays dans le domaine de la production des étoffes de laine
fine et peignée. La "Paton" prospère pendant
une centaine d'années. Un vaste programme de modernisation,
entrepris vers 1965, entraîne le déménagement
de l'entreprise qui s'installe dans une autre usine mieux adaptée
à la nouvelle technologie. En 1978, on abandonne les édifices
de la "Paton" de façon définitive.
En 1983, quatre hommes d'affaires dynamiques de la région
demandent à la FCPP de se joindre à eux afin de sauver
ce complexe. On crée une compagnie, vouée à
la réalisation du projet.
Le plan de reconversion prévoit la cession de 'un des édifices
à la Société d'habitation du Québec
: il deviendra une résidence pour personnes âgées.
Un autre sera converti en condominiums par la compagnie, tandis
que deux bâtiments plus petits seront transformés en
bureaux et boutiques. Le reste sera démoli, édifices
ou parties d'édifices jugés inutilisables ou pour
lesquels aucune reconversion économiquement viable ne peut
être envisagée.
Au
départ, le projet semblait comporter des risques financiers
considérables. Après avoir produit plusieurs esquisses
architecturales différentes, les partenaires optent pour
un plan modulaire extrêmement flexible qui permettait de diviser
l'ensemble en une trentaine de logements de types variés
allant du studio à l'appartement de quatre ou cinq pièces.
Ils décident en outre d'ouvrir au public deux appartements
modèles, pour mousser la vente. L'idée fut excellente,
car la compagnie réussit à vendre en un mois 44 des
48 appartements, preuve que le projet était rentable.
Un
complexe industriel québécois, voué à
la démolition a pu ainsi être sauvé. Ces vieux
bâtiments qui font partie du passé industriel de Sherbrooke
ont trouvé une nouvelle vie. De plus, le projet a permis
de créer des logements à prix modérés
au centre-ville. Ni la FCPP, ni le groupe d'hommes d'affaires n'auraient
été en mesure, avec leurs seuls moyens, de le mener
à terme. C'est leur association qui l'a rendu possible. Convaincus
de la valeur d'une telle expérience, les promoteurs locaux
sont maintenant de fervents partisans de la reconversion. Espérons
qu'ils entreprendront d'autres projets semblables au Québec.
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