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INJECTION D'ÉPOXY SOUS PRESSION, FORT No1
LAUZON, QC, CANADA
Par François LeBlanc
(publié en 1978)
L'objet
de cette communication est de vous présenter, avec
le plus de détails techniques possible, une expérience
d'injection d'époxy à Lauzon. En fait, le site
sur lequel s'est déroulée cette expérience
se trouve juste en face de Québec, sur la rive sud
du fleuve Saint-Laurent. L'expérience en question consistait
essentiellement à injecter les voûtes en briques
d'un vieux fort canadien déclaré monument historique
et appartenant au gouvernement fédéral. Il s'agit
du Fort no 1 à Lauzon.
Quelques mots sur l'histoire du fort et sur la philosophie
de restauration qui a été adoptée pour
le projet.
Surplombant le Saint-Laurent, à 125 mètres
au-dessus de son niveau, dissimulé et presqu'invisible,
le Fort no 1 fait partie d'une série de trois ouvrages
de défense érigés par les canadiens en
raison des craintes d'une invasion américaine par la
vallée de la Chaudière et le Saint-Laurent.
Le journal "Le Canadien" du 14 août 1865 nous
relate en ces termes les débuts de sa construction
:
"Les travaux commencés depuis quelques temps
à Lévis et la présence d'un grand nombre
de soldats stationnés dans le voisinage ont répandu
une animation et une activité extraordinaires dans
cette ville... Les visiteurs dont un bon nombre sont des touristes
américains affluent tout les jours à Lévis
sur le site des travaux militaires, dont l'accès est
très facile... On calcule qu'il faudra deux ans pour
terminer les travaux de défense. Le nombre de soldats
employés dans le camp militaire et aux fortifications
est de 1 100... Outre les soldats, un certain nombre de travailleurs
sont employés aux travaux; leur nombre sera augmenté
graduellement, paraît-il, à mesure que l'ouvrage
progressera".
De fait, la main d'oeuvre militaire britannique mit huit
ans et non sans peine, à le terminer au coût
de 60 000 livres sterling, soit environ 300 000 $ à
cette époque. La signature du traité de Washington
en 1872 fait disparaître le climat de tension entre
l'Angleterre et les États-Unis. À compter de
cette date, cet emplacement sert à diverses fins militaires
: successivement, on y retrouve un camp d'exercice pour l'école
d'artillerie et la milice, des entrepôts de munitions,
un refuge pour les régiments canadiens. En somme, le
Fort no 1 n'a pas connu une histoire très glorieuse,
mais il n'en demeure pas moins un témoin important
d'un vaste plan de réorganisation de la défense
du territoire colonial britannique.
Parmi les éléments à restaurer, on trouvait
une magnifique série de voûtes en briques dans
les casemates et les caponnières de gorge et de droite.
Ces voûtes de cinq briques d'épaisseur étaient
dans un état de détérioration passablement
avancé de sorte qu'il fallait soit les consolider soit
les renforcer d'une manière quelconque pour garantir
la sécurité du public.
Après avoir fait l'inventaire et l'analyse des différentes
techniques à notre disposition notre choix s'est arrêté
sur les époxy comme matériaux et technique offrant
le plus de chances de succès. En effet ceux-ci alliaient
force, résistance à l'humidité et fluidité
variable. Ils offrent en outre le très grand avantage
suivant : lorsqu'ils durcissent après avoir été
injectés, ils demeurent stables en volume; il n'y a
aucun retrait ou expansion au séchage, uniquement un
dégagement de chaleur. Le fait d'injecter les voûtes
plutôt que de les démonter ou de les renforcer
par un moyen quelconque nous apparaissait comme étant
le moyen le plus économique de résoudre notre
problème tout en respectant l'intégrité
historique du monument.
Description générale des travaux d'injection
La séquence habituelle de ce genre de travail peut
se résumer comme suit :
Forages
: Les forages d'un diamètre de 1.5 cm et de 40 cm de
profondeur sont effectués à environ tous les
40 cm de la surface à injecter. On dispose les forages
en quinconce dans les joints des briques.
La profondeur des trous correspond généralement
à l'écartement en plan de ceux-ci; il peut néanmoins
être nécessaire de modifier cette disposition
afin de satisfaire à des conditions locales telles
que la présence anormale de fissures ou de maçonnerie
de qualité différente.
Nettoyage : La paroi interne de ces trous est nettoyée
à l'aide d'une brosse pour en extraire le plus possible
les poussières et s'assurer de leur libre passage après
forage.
Tuyau : Les tuyaux servant d'amenée au produit d'injection
sont mis en place. Ils peuvent être soit de plastique,
comme dans le cas présent, soit en cuivre. Les tuyaux
sont collés en place à l'aide d'une résine
d'époxy du type une partie de résine pour une
partie de catalyseur.
Injection
proprement dite : Ce travail est effectué à
l'aide d'une pompe et d'un pistolet d'injection par deux ouvriers
spécialisés. La résine ainsi que le catalyseur
sont en réserve dans deux récipients séparés
dans la pompe. Celle-ci, par un jeu d'engrenages spéciaux,
admet les produits dans une proportion bien constante, généralement
deux volumes de résine pour un volume de catalyseur.
Toujours par des conduites séparées, les produits
ainsi mesurés se rendent jusqu'au pistolet d'injection.
Ce n'est qu'à partir de ce moment que le mélange
résine-catalyseur se produit et nous avons ainsi le
départ de la réaction chimique du produit final.
Le pistolet d'injection est introduit dans un tuyau de raccordement
et l'ouvrier commande l'arrivée du mélange dans
la zone à injecter. On commence généralement
les travaux dans la section la plus basse et la moins perméable.
Le pistolet d'injection est doté d'un contrôle
de pression avec cadran de 0 à 1.5 kg/cm2 ainsi que
d'une valve d'arrêt pour interrompre le débit
du produit.
Au début de l'opération, la pression initiale
pourrait être très faible ou au contraire très
élevée, selon la nature de la maçonnerie
et l'ampleur de la fissuration.
Si la pression est élevée, il faut s'assurer
que ce n'est pas dû uniquement à des obturations
naturelles facilement déplaçables comme des
morceaux de briques ou de mortier. On augmente la pression
0.15 à 0.20 kg/cm2 pour un temps très court;
si la pression demeure, on abandonne alors les travaux d'injection
à cet endroit et on passe au trou suivant. Dans ces
cas, il ne se produit généralement pas de suintement
de la maçonnerie ni de communication du produit dans
les trous adjacents.
Si au contraire la pression initiale est très faible
ou encore nulle, l'ordre des opérations est légèrement
modifiée. On procède alors à l'injection
simultanée de plusieurs trous (de 3 à 5). Cette
façon de travailler permet d'obturer une partie des
fissures très larges en laissant la possibilité
au produit injecté de durcir partiellement et ainsi,
de procurer une augmentation valable de la pression d'injection.
Cet accroissement de la pression permettra au mélange
de se rendre dans les fissures les plus fines ou d'accès
difficile.
Il est très important de surveiller constamment la
quantité de produit utilisé dans une même
zone. Toute accumulation exagérée de produit
à un endroit donné provoquerait un dégagement
trop important de chaleur qui pourrait détériorer
la qualité du travail déjà exécuté.
Lors des opérations d'injections, les coulisses du
produit sont nettoyées immédiatement, et les
fissures obstruées soit avec de la paraffine dans le
cas des petites fissures, soit avec un mélange de ciment
à prise rapide de type "Speed-Crete" ou "Quick
Plug" dans le cas des fissures plus importantes.
Après durcissement des volumes consolidés,
les tuyaux sont enlevés et la surface de la voûte
est nettoyée proprement. L'opération d'injection
est alors terminée.
Description des travaux dans la caponnière de gorge
Les
travaux ont débuté en mars 1977 dans la caponnière
de gorge. Il a été difficile au début
d'obtenir un chauffage adéquat. Nous avions une température
inférieure à 150 C à l'intérieur
des trous. De plus, il y a lieu de remarquer qu'il s'est produit
ce jour là des fuites d'eau qui auraient obligé
l'arrêt du travail si la résine d'époxy
n'avait pas été compatible à la présence
d'humidité.
Les produits que nous avons utilisés sont : le AE
Concresive 1050-15, une résine d'époxy à
viscosité moyenne, et le AE Concresive 1380, une résine
d'époxy à très basse viscosité.
Nous utilisions le produit le plus épais pour les grosses
fissures, ce qui nous permettait d'utiliser moins de produits
et par conséquent d'améliorer le rendement au
mètre carré. C'est à la suite de plusieurs
essais que nous en sommes venus à l'utilisation de
ces deux produits combinés. Il est très important
de faire plusieurs essais en chantier avant de finaliser les
devis et d'aller de l'avant avec de telles techniques d'injection,
car les produits sont très chers.
Les chiffres suivants vous donneront une bonne idée
du rendement et du coût des travaux d'injection réalisés
dans la caponnière de gorge.
Nombre de litres de produit par trou 1.5 litres
Nombres de trous 650 trous
Surface couverte 110 m2
Profondeur des trous 40 cm
Volume de maçonnerie 45 m3
Consommation 14 litres/m2
Volume rempli par résine époxy 3.1%
Temps (1 à 4 machines selon besoins) 284 heures
Coût 154 00 $/m2
Chaque machine à injection requiert deux ouvriers
pour l'opérer, et les travaux sont dirigés par
un contremaître surveillant.
Description des travaux dans la caponnière de droite
Les travaux dans la caponnière de droite se sont déroulés
sensiblement de la même façon que dans la caponnière
de gorge avec la variant suivante : dans une zone particulière
de cette caponnière, les travaux nécessaires
à une mise en état préliminaire ont été
considérables, car la détérioration atteignait
plus de deux rangs de briques.
Ces travaux de reprise préliminaire ne nous permettaient
pas d'évaluer précisément la quantité
de résine dont nous aurions besoin pour l'injection;
afin d'économiser des litres de résine, nous
avons procédé à une injection préliminaire
de 25 litres de coulis de ciment. Cette quantité fur
consommée dans trois trous de forage. Les trous adjacents
ne laissant pénétrer qu'une faible quantité
de coulis, nous sommes donc revenus aux injections d'époxy.
Recommandations
En nous basant sur l'expérience et les connaissances
acquises lors de ces travaux d'injection au Fort no 1 de Lauzon,
nous formulons les recommandations suivantes pour chacune
des trois phases principales soit la préparation des
surfaces, l'utilisation des résines elles-mêmes
et le contrôle de qualité tout au long des travaux.
Préparation des surfaces et des travaux
La grandeur et le nombre des fissures pourront être
possiblement diminués par une réparation préliminaire,
plus ou moins importante des parties à injecter. Ces
préparations pourront être faites soit en replaçant
des matériaux, en colmatant au mortier ou en injectant
à l'aide de coulis de ciment.
Le produit servant à la pose des tuyaux de plastique
adhérant facilement au matériel environnant,
il faut donc en employer le moins possible en évasant
l'entrée des trous.
Utilisation des résines d'époxy
La température ayant une forte influence sur la cure
du produit, nous conseillons de bien chauffer la maçonnerie
avant d'entreprendre les travaux.
Lors de nos travaux, les pressions d'injection variaient
de 0.15 à .70 km/cm2 avec comme moyenne générale
.32 à .35 kg/cm2. Nous n'avons remarqué aucun
déplacement de maçonnerie dû à
une pression trop élevée. Il est à remarquer
qu'une pression trop faible ou nulle ne permet pas d'assurer
un travail de qualité.
Contrôle de qualité
Tout au long de nos travaux, le contrôle de qualité
était assuré par la présence continuelle
du représentant d'un laboratoire de construction. Aux
moments opportuns, il faisait prélever des échantillons
de maçonnerie par carottage et les apportait au laboratoire
pour analyse. Sa présence s'est avérée
indispensable pour le succès de l'opération
qui s'est terminée en 1978.
Si vous venez au Canada, je vous invite à vous arrêter
à Lauzon pour constater par vous-même le résultat
de ces travaux et découvrir une partie de l'histoire
du Canada.
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