La Commission de la Capitale Nationale et la gestion des ressources
en fonction du cycle de vie
La Commission de la Capitale Nationale et la gestion des ressources
en fonction du cycle de vie
Par François LeBlanc
(Publié en 1992)
On parle souvent de programme d'entretien et de nécessité
de faire de l'entretien la priorité numéro un. Mais
quand on est propriétaire de centaines de milliers d'arbres,
de plusieurs milliers de bâtiments dont certains ont une valeur
historique nationale, de centaines de kilomètres de routes
et de dizaines de ponts, la mise sur pied d'un programme d'entretien
n'est pas une mince affaire!
Les propriétés fédérales sous la responsabilité
de la Commission de la Capitale nationale (CCN) constituent un ensemble
varié de ressources naturelles et bâties. Elles ont
été acquises ou construites au cours de plusieurs
générations et forment aujourd'hui le patrimoine naturel
et bâti de la Capitale nationale. La plus grande partie des
infrastructures que possède la CCN ont été
construites entre 1950 et 1980 conformément au plan Gréber.
Mais un grand nombre de structures et de propriétés
sont plus que centenaires, telles que la résidence du Gouverneur
général (Rideau Hall), le moulin de Wakefield ou la
génératrice électrique No.2 à Hull.
Même si les propriétés de la CCN sont généralement
considérées comme attrayantes, essentiellement à
cause de leurs éléments naturels, des signes de détérioration
apparaissent à bien des endroits. Une partie importante des
infrastructures de la CCN - ponts, routes, murs de soutènement
- ont atteint ou vont bientôt atteindre la fin de leur cycle
de vie économique et des travaux de réhabilitation
majeurs deviendront nécessaires pour corriger les défauts
de structure ou maintenir la sécurité du public. Beaucoup
d'édifices ont également besoin d'entretien majeur,
conséquence d'un vieillissement naturel et d'une réduction
des travaux d'entretien à la suite de restrictions budgétaires
des dernières années. Les ressources horticoles se
détériorent également sous les effets combinés
de l'âge, de la maladie et du stress environnemental. Les
actions curatives, telles que le remplacement des arbres et des
arbustes, sont loin d'atteindre le taux de remplacement de ceux
qui meurent ou sont détruits. La question du remplacement
des arbres est alarmante puisqu'il faut généralement
une vingtaine d'années de croissance après la transplantation
d'un arbre pour qu'il atteingne la dimension de celui qui a été
remplacé.
En 1989, la CCN a réalisé qu'elle ne disposait pas
des budgets nécessaires pour arrêter et corriger la
détérioration accélérée de ses
ressources. Afin de mieux définir l'ampleur du problème,
et pour identifier plus précisément les capitaux nécessaires
pour rectifier la situation, la CCN avait besoin d'informations
beaucoup plus complètes et précises. C'est alors qu'elle
a entrepris un vaste programme d'évaluation de la condition
de ses ressources naturelles et bâties, de même que
l'élaboration d'un programme d'entretien et de réhabilitation
en fonction du cycle de vie de ses ressources.
ANALYSE DES COÛTS DES TRAVAUX ANTÉRIEURS D'ENTRETIEN
ET DE RÉHABILITATION
C'est en 1989 que débutèrent les premiers efforts
pour créer une base commune d'analyse en vue d'établir
les besoins futurs. Il fut alors décidé de procéder
à un examen des sommes dépensées et des résultats
obtenus au cours des quatre années précédentes.
Il fallait d'abord procéder à la différenciation
entre les projets de réhabilitation de ressources existantes
en vue de leur conservation et les projets de réhabilitation
en fonction de la création de nouvelles ressources. Ces projets
qui impliquaient l'aménagement d'un site ou la reconstruction
totale d'un édifice furent considérés comme
de "nouveaux" projets dans la perspective de l'étude
de leur cycle de vie.
Les projets de réhabilitation en vue de la conservation
d'une ressource existante comprenaient le renouvellement partiel
d'une ressource (la reconstruction d'un kilomètre du pavage
d'une route), le remplacement d'un élément (la toiture
d'un édifice), ou encore la modification mineure d'une ressource
(un panneau de signalisation ou un mobilier de parc) .
Il fallait également faire la distinction entre "entretien"
et "réhabilitation". L'entretien fut défini
en termes de travaux périodiques devant être entrepris
sur une base annuelle ou plus fréquente (couper le gazon,
enlever la neige ou planter des fleurs). L'entretien comprenait
également les travaux saisonniers tels la réparation
des fissures sur les routes et le rafistolage du mobilier des parcs.
On peut dire que l'entretien soutient et prolonge la vie utile
d'une ressource avant que des travaux de réhabilitation deviennent
nécessaires.
La réhabilitation par contre, étend ou renouvelle
la vie d'une ressource par remplacement ou restauration des parties
usées. C'est la combinaison de l'entretien et de la réhabilitation
qui maintient une ressource tout au long de sa vie utile.
En plus de ces définitions, il fut nécessaire de
faire la distinction entre les actions d'entretien qui ont pour
but de corriger des défauts et celles qui ont pour but de
les prévenir. L'entretien correctif est un entretien réactif
réalisé en fonction d'une condition insatisfaisante
(remplir les trous quand les chemins sont défoncés,
réparer ou remplacer une toiture lorsqu'elle coule, remplacer
le moteur d'une fournaise parce qu'il est brûlé).
L'entretien préventif anticipe les problèmes et a
pour but de prévenir des problèmes majeurs en réglant
les problèmes mineurs en premier (sceller les fissures du
pavage avant que l'eau n'y pénètre pour l'endommager
gravement suite aux effets du gel et dégel, réparer
la surface d'une toiture avant qu'elle ne coule et ne cause des
dommages à l'édifice et son contenu, lubrifier un
moteur de fournaise pour l'empêcher de brûler).
En termes financiers, l'entretien correctif est une dépense
encourue pour restaurer une ressource à un standard acceptable
pour des raisons de santé, de sécurité, de
fonctionnement ou d'apparence. Les conséquences de ne pas
entreprendre ces actions correctives sont généralement
évidentes et ont un impact immédiat. C'est ainsi que
l'entretien correctif tend à prendre la priorité dans
la plupart des organisations qui ont à gérer des ressources,
particulièrement si elles sont à court de financement
et qu'elles ont tendance à fonctionner en réaction
aux événements.
L'entretien préventif en revanche représente un investissement
fait dans le but d'éviter des dépenses futures en
empêchant aussi longtemps que possible qu'une ressource ne
devienne inutilisable. L'entretien préventif apparaît
souvent comme étant moins urgent que l'entretien correctif,
et les conséquences de ne pas l'entreprendre sont moins évidentes.
Bien souvent, quand les budgets sont serrés, c'est le poste
de l'entretien préventif qui passe au couteau le premier.
Cette stratégie qui règle un problème à
court terme, aura des conséquences importantes à long
terme entraînant la nécessité d'actions correctives
de plus en plus coûteuses allant du double au triple de celui
qui aurait prévenu le dommage initial.
En pratique, les travaux d'entretien ont souvent des bénéfices
correctifs et préventifs simultanés. Par exemple,
peinturer un édifice corrige les défauts existants
de la surface peinturée tout en maintenant une apparence
acceptable; en même temps, cette action prévient la
pourriture ou la rouille. En élaborant un plan de gestion
en fonction du cycle de vie pour chaque catégorie de ressource,
il est important de reconnaître les effets bénéfiques
d'un entretien préventif pour chaque type de travaux d'entretien
et d'établir les priorités des travaux et des bud-gets
en fonction du meilleur rendement économique anticipé.
LES CONCEPTS ÉCONOMIQUES DU CYCLE DE VIE
La gestion en fonction du cycle de vie (cent ans pour un érable,
soixante ans pour un pont, vingt ans pour une toiture en bardeaux
d'asphalte), dans son sens le plus large, comprend la définition,
l'acquisition, l'utilisation et la disposition des ressources. En
ce qui concerne la CCN, le premier défi est la gestion de
l'utilisation d'un grand nombre de ressources naturelles, d'infrastructures
et de bâtiments.
Pour la plupart des infrastructures et des bâtiments, le
cycle de vie est composé d'un certain nombre d'éléments.
Par exemple, un pont peut avoir des bases d'appui en béton
armé et une structure en acier ayant une durée de
vie économique d'environ soixante ans, un tablier en béton
armé d'une durée de vie de trente ans et un recouvrement
en asphalte d'une durée de vie de quinze ans. Durant une
période de vie utile de soixante ans et en supposant que
l'on démolira le pont après cette période,
l'on devrait s'attendre à remplacer le tablier une fois et
l'asphalte trois fois. En plus de ces travaux majeurs, il faudra
prévoir un programme d'entretien préventif et des
travaux de réhabilitation mineurs. Pour ce pont, un programme
annuel de travaux préventifs comprenant le nettoyage, des
retouches à la peinture de la structure en acier pour minimiser
la corrosion et un cycle de réhabilitation à tous
les dix ans de décapage au jet de sable et de peinture pourrait
représenter un programme normal visant à maintenir
la structure en acier en bonne condition tout au long de la vie
utile du pont. En l'absence d'un tel programme d'entretien, on doit
s'attendre à ce que la structure en acier rouille et se détériore
au point où, si une action corrective n'est pas entreprise,
la structure deviendra non sécuritaire à la moitié
ou aux deux-tiers de sa vie normale et nécessitera des travaux
majeurs de réparation qui coûteront de deux à
trois fois l'ensemble des coûts d'un programme d'entretien
préventif et d'une réhabilitation périodique.
La clé d'un programme économique et efficace de gestion
des ressources en fonction du cycle de vie réside dans la
mise en oeuvre de travaux appropriés effectués au
moment opportun, i.e. ni trop peu et trop tard, ni trop et trop
tôt. La CCN a donc décidé d'élaborer
une stratégie de gestion de ses ressources en fonction d'un
programme d'entretien préventif et de réhabilitation
qui les protège des défaillances majeures. La bonne
nouvelle, c'est que les travaux d'entretien réalisés
en fonction de standards appropriés ne font pas que protéger
les apparences, mais ils sont également le moyen de gestion
le plus économique. En d'autres mots, le fait d'attendre
qu'une ressource soit rendue au point d'avoir besoin de travaux
pour des raisons de sécurité ou de santé ne
fait pas de sens sur le plan économique. On pourrait aller
jusqu'à dire que "vous devrez payer davantage si vous
ne payez pas à temps!" un peu comme c'est le cas avec
nos cartes de crédit.

ANALYSE DE LA CONDITION DES RESSOURCES ET PROJECTIONS POUR LES
BESOINS D'ENTRETIEN ET DE RÉHABILITATION
Au cours de l'année 1989 et 1990, plus de <R> 5 000
ressources de la CCN ont été inventoriées et
analysées en fonction de leurs besoins d'entretien et de
réhabilitation. Les informations recueillies ont été
introduites dans une base de données du programme LOTUS 123.
Des estimés de coûts de travaux d'entretien et de réhabilitation
pour chaque élément ont été préparés
par les professionnels de la Commission et par des experts-conseils.
Chaque intervention a reçu un degré de priorité.
pas de travaux de réhabilitation nécessaires avant
au moins huit ans;
pas de travaux de réhabilitation nécessaires avant
quatre ans, mais nécessaires d'ici trois à huit ans;
travaux de réhabilitation nécessaires d'ici quatre
ans; pas de détérioration majeure de la structure
apparente; possibilité d'éviter des travaux majeurs
par une réhabilitation effectuée à temps;
travaux de réhabilitation nécessaires d'ici quatre
ans; la ressource a déjà dépassé le
point d'attente pour une intervention optimale; les travaux sont
nécessaires pour éviter une situation d'urgence en
fonction de la santé et de la sécurité; une
intervention à ce stage permettra d'éviter le remplacement
ou l'abandon complet de la ressource;
la ressource a atteint le point ultime de sa vie économique
et on recommande sa démolition. Cette catégorie n'est
utilisée que pour des ressources dont la CCN peut disposer
sans nécessité de remplacement ou de restauration
comme c'est le cas pour les propriétés historiques.
Depuis ce temps, c'est sur la base de l'information recueillie
et sa ré-évaluation annuelle que les responsables
de la CCN établissent chaque année le programme de
travail pour l'ensemble des ressources dont l'organisation est responsable.
Le programme informatisé gère une première
tranche d'information concernant plus de 5 000 ressources et prévoit
les travaux d'entretien et de réhabilitation pour une période
de cinq ans à partir de l'année en cours. Ce programme
quinquennal d'investissement en capital est le premier pas franchi
par la CCN pour créer la base de données qui contiendra
toutes les informations sur le cycle de vie de chacune des composantes
de toutes les ressources naturelles, bâties de même
que les infrastructures que doit gérer la CCN. C'est une
tâche importante qui demandera de nombreuses années
de travail. Les responsables de la CCN sont convaincus qu'un tel
outil de gestion favorisant l'entretien et la réhabilitation
sont une nécessité dont l'organisation ne pourra plus
se passer.
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