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Concept général pour l'éclairage des fortifications
de Québec
L'objectif de cette présentation est de partager avec vous
d'une façon schématique une étude réalisée
en 1977-78 pour l'éclairage de l'ensemble des fortifications
de la ville de Québec. L'étude présente également
une série de principes qui s'appliquent à la plupart
des situations rencontrées dans l'arrondissement historique
lui-même.

L'intérêt de cette étude est de présenter
un concept global à l'échelle d'une ville historique.
Le concept tient compte de l'évolution des techniques d'éclairage
et des luminaires déjà en place tout en remettant
en question certaines normes canadiennes utilisées par les
ingénieurs civils pour éclairer les rues, les places
et les bâtiments. Elle démontre que par l'utilisation
judicieuse et adéquate de la lumière artificielle,
la nuit peut être mise à profit pour rehausser et augmenter
le cachet du Vieux Québec.
L'étude pose également la question d'une nouvelle
esthétique qui pour le moment semble échapper totalement
aux architectes. En effet, les bâtiments anciens ont été
conçus pour être éclairés par la lumière
du soleil ou de la lune. Cette lumière est projetée
du haut vers le bas. Toutes les études d'ombres projetées
effectuées par les architectes pour leurs bâtiments
en tiennent compte. Les techniques modernes d'éclairage artificiel
du bas vers le haut inversent ce système et présentent
la nuit, des bâtiments où les ombres projetées
créent un effet qui n'avait jamais été prévu
ni voulu par les concepteurs. Et que dire des effets de couleurs
créés par les présentations de sons et lumières.
Les architectes n'ont pas encore accordé une attention sérieuse
à cette question essentiellement d'ordre esthétique.
La responsabilité des concepts et des techniques d'éclairage
est entre les mains d'éclairagistes, d'ingénieurs
ou comme c'est le cas de l'étude que je vais vous présenter,
d'architectes du paysage. Membre d'ICOMOS depuis plus de quinze
ans, je n'ai pas encore lu un seul article sérieux traitant
de ce sujet dans les publications d'ICOMOS. J'aimerais féliciter
la Section française d'ICOMOS pour avoir organisé
le présent colloque et d'être encore une fois à
l'avant-garde dans le mouvement de la conservation.
À la suite d'une brève mise en situation sur la ville
de Québec, vous serez exposés aux hypothèses
de départ ainsi qu'aux principes généraux pour
l'éclairage et la sélection des luminaires du concept
d'éclairage des fortifications. L'étude se termine
par une série de recommandations générales
que nous partagerons.
MISE EN SITUATION
Tapie au pied du cap Diamant, la Basse-Ville de Québec prend,
avec l'arrivée de Samuel de Champlain en 1608, un caractère
résolument commercial et portuaire ; la proximité
du fleuve Saint-Laurent a déterminé ce choix. Du haut
de son promontoire, la Haute-Ville attire surtout les institutions
religieuses et administratives qui, au XVIIème siècle,
seront enserrées et protégées par une enceinte
fortifiée.
Chaque partie de la ville vit au rythme de la vocation qui lui
a été dévolue. Jusqu'à la fin du XIXème
siècle. les activités du port, des marchés
et des commerces animent le bas de la ville alors que juste en haut.
la vie militaire va son cours au voisinage des couvents et des monastères.
Berceau de la civilisation française en Amérique,
la ville de Québec est la seule ville nord-américaine
qui ait conservé son enceinte fortifiée. L'arrondissement
historique de Québec a été inscrit sur la Liste
du patrimoine mondial de l'UNESCO en 1985.
LES FORTIFICATIONS
Les murs qui s'étirent depuis la Citadelle jusqu'au Parc
de l'Artillerie, furent élevés sur leur emplacement
actuel par l'ingénieur français Chaussegros de Léry
entre 1745 et 1752.

Une précédente ligne de défense, construite
au cours des années 1690, se situait encore plus à
l'intérieur. Certains vestiges de ces premières fortifications
existent toujours. Après 1759, les autorités britanniques
se soucièrent peu de l'état des fortifications françaises.
De nos jours, les 1,500 mètres linéaires de fortifications
qui entourent la ville de Québec constituent un attrait touristique
majeur et on y estime à plus de 500,000 visiteurs la fréquentation
annuelle.
Etude pour l'éclairage des fortifications
C'est en 1977 que le gouvernement fédéral canadien,
propriétaire à 95 % des fortifications de Québec,
commanda une étude visant à élaborer un concept
global pour l'éclairage des fortifications. L'étude
fut réalisée par le professeur Lari M. Wester de l'école
d'architecture du paysage de l'université de Guelph, province
d'Ontario.

HYPOTHÈSES DE BASE
Il fut convenu dès le départ que la priorité
du concept serait la perception de la continuité visuelle
des fortifications la nuit. De par leur nature, construction et
évolution historique, les fortifications se divisaient en
entités homogènes relativement bien définies
permettant d'aborder la question de l'éclairage par zones.
Considérant le contexte historique spécifique du
Vieux Québec et sa valeur touristique évidente, le
concept met l'accent sur la découverte, l'expérience
visuelle et le plaisir du piéton. L'évolution historique
de l'utilisation de l'éclairage a également été
considérée comme un principe de base fondamental qu'il
faudra respecter. Ainsi, le choix des emplacements des luminaires
et la gamme des intensités lumineuses recommandées
reposent sur des niveaux d'intensité faibles afin de respecter
le caractère historique de la ville. L'acclimatation oculaire
dans cette lumière diffuse répond davantage aux besoins
du piéton qu'à ceux de l'automobiliste.
Il est à remarquer que les intensités recommandées
se situent en dessous du niveau normal des normes existantes d'éclairage
urbain. Celles-ci sont habituellement établies en fonction
du temps d'acclimatation de l'oeil d'un automobiliste se déplaçant
à une vitesse définie. Le Vieux Québec n'est
pas une "ville normale " nord-américaine. L'arrondissement
historique s'offrant surtout aux piétons et aux véhicules
roulant à faible vitesse, l'acclimatation visuelle devient
possible rendant superflue et injustifiée toute intensité
supérieure à celle recommandée.
Tout luminaire répond à deux fonctions fondamentales
: soit " lumière en tant qu'objet visuel " soit
" lumière dirigée vers un objet ou une surface
".
Dans le premier cas, le point de mire est le luminaire lui-même,
et son environnement immédiat devient secondaire.
Dans le second cas, la source lumineuse est masquée ou cachée
et seules les surfaces et objets éclairés deviennent
des points de mire.
Dans certains cas, on peut trouver ces deux fonctions combinées
avec succès.
Le " luminaire en tant qu'objet " aura toujours la mauvaise
tendance à dominer l'effet désiré de "
lumière sur l'objet " si on ne prête pas assez
d'attention au choix du luminaire, à son emplacement, au
contexte historique et au système d'éclairage déjà
en place.
ÉCLAIRAGE ET HISTOIRE
L'évolution historique de l'emplacement, de la qualité
et de la dimension des luminaires dans la ville a été
étroitement associée à son évolution
architecturale et culturelle jusqu'à l'apparition de l'éclairage
à la vapeur de mercure.
Feux, torches, lampes et lanternes transportées par les
résidents ou fixées à certaines intersections,
aux portes de la ville et aux entrées des principaux bâtiments
publics ont constitué le premier éclairage urbain.
A ceux-ci s'ajoutaient les feux de cheminée, les lampes et
les bougies qui projetaient leur lumière dans la rue à
partir des fenêtres des maisons serrées les unes contre
les autres.
Le premier système d'éclairage public organisé
dans la ville fut alimenté au gaz. La chaude et vibrante
lumière jaune de faible portée qu'il générait
se mariait bien sur le plan esthétique aux espaces et à
l'architecture.
L'éclairage à incandescence vint plus tard. Il permit
d'illuminer des espaces de plus en plus grands. La qualité
de l'éclairage à incandescence correspond au spectre
du soleil et du feu. L'effet général produit fut semblable
à celui du système d'éclairage au gaz.
Finalement, notre siècle vit apparaître l'éclairage
à la vapeur de mercure qui permettait d'augmenter l'intensité
de l'éclairage, la dimension des surfaces couvertes et la
longévité de la source lumineuse.
Cette technologie a permis de faire face aux contraintes imposées
par l'automobile qui se déplaçait dans des espaces
de plus en plus grands et à une vitesse de plus en plus rapide.
La Vieille ville de Québec n'a ni les besoins fonctionnels,
ni les capacités physiques pour soutenir une circulation
automobile se déplaçant à grande vitesse. Son
cachet particulier est dû en partie à son échelle
piétonnière, son rythme lent et son sens de l'histoire
qui attire les touristes et fait la joie des résidents.
Le succès d'un concept global d'éclairage nocturne
réside dans le mariage de la technologie contemporaine et
des besoins fonctionnels avec la qualité et le sens de l'histoire
présents dans l'arrondissement historique.
Dans le passé, les luminaires étaient construits
d'une manière fonctionnelle et simple à partir de
matériaux de base. Puisque les déplacements s'effectuaient
à la vitesse des piétons, il était nécessaire
d'enrichir la qualité esthétique des luminaires parce
qu'ils constituaient d'importants objets visuels la nuit et une
décoration architecturale le jour. La politique urbaine actuelle
de la ville de Québec étant de reconnaître et
d'assurer le retour à l'échelle des piétons,
les aspects diurnes et nocturnes de chaque luminaire deviennent
primordiaux.
Dans un contexte historique l'emplacement des luminaires joue un
rôle important. Historiquement, les luminaires étaient
placés de chaque côté ou au-dessus de l'entrée
principale des bâtiments. L'éclairage se trouvait aussi
le long des portes de la ville pour permettre d'observer à
partir des murs, les visiteurs entrant dans la ville. L'éclairage
était également concentré aux intersections
de rues pour des raisons de sécurité et pour l'orientation
et la direction des piétons. Une inspection minutieuse des
vieux bâtiments révèle les trous et les ouvertures
où furent fixés les luminaires à différentes
époques. Ceci nous donne une précieuse information
quant à la hauteur et à l'espacement des sources lumineuses
historiques, information qui pourra être utilisée pour
déterminer les critères d'emplacement contemporains
et pour ajouter au sens historique et à l'authenticité.
Autrefois, la qualité lumineuse se composait des jaune-oranges
et des rouges de la flamme. Aujourd'hui, le conflit naît de
l'utilisation de systèmes efficaces et conservateurs d'énergie,
mais qui ne reproduisent pas bien la qualité lumineuse des
systèmes traditionnels.

CHOIX DES LUMINAIRES
Les concepts et méthodes d'éclairage ayant évolué
au cours des années, nous retrouvons maintenant une gamme
très variée de luminaires dans toute la ville. C'est
ce qui explique qu'elle présente un aspect nocturne incohérent
qui tend à mettre en valeur les luminaires eux-mêmes
plutôt que les places et l'architecture.
Les services d'urbanisme de la ville ont conçu et adopté
un type de luminaire mural qui devrait être utilisé
au maximum pour créer la base du système d'éclairage
de l'arrondissement historique. Ce genre de luminaire peut être
utilisé individuellement, en alignement ou groupé
aux intersections de rues de façon à maintenir la
continuité visuelle tant le jour que la nuit.
Des appareils commerciaux à la vapeur de mercure et aux
couleurs corrigées seront utilisés pour illuminer
les fortifications elles-mêmes ou pour les éclairages
architecturaux. Ces appareils devront dans tous les cas être
camouflés à cause de leur apparence désagréable.
Ils seront de dimensions et d'intensités variables, mais
puisqu'ils seront camouflés, seule la lumière projetée
sur les surfaces à éclairer aura de l'importance.
L'étude recommande également des luminaires spéciaux
pour créer des effets particuliers. Ils s'inspireront des
détails et des matériaux des luminaires traditionnels
et seront localisés à des emplacements historiques.
Ils serviront d'enseignes ou de sculpture et créeront des
effets spéciaux. Pour toutes ces raisons, leur conception
et réalisation devront être confiées à
des artisans qualifiés. Ils fonctionneront à la lumière
incandescente et feront appel à plusieurs petites sources
lumineuses pour obtenir l'effet désiré.
EMPLACEMENT DES LUMINAIRES
Les éclairages de rues fixés aux murs correspondent
au contexte historique et aux aspects fonctionnels des rues étroites
de Québec. Dans les artères principales les éclairages
fixés aux murs devront être situés des deux
côtés de la rue et tout autre éclairage devra
être enlevé. Les rues secondaires et piétonnières
seront équipées d'appareils d'éclairage fixés
au mur sur un seul côté de la rue.
L'éclairage aux intersections sera obtenu en doublant le
nombre de luminaires aux coins de rues. Par exemple, deux luminaires
placés en diagonales aux intersections mineures, deux luminaires
à chacun des quatre coins des intersections majeures pour
augmenter l'intensité de l'éclairage. Le long des
rues, l'éclairage ne doit pas obligatoirement être
situé à intervalles réguliers. La disposition
des luminaires devrait découler logiquement de l'architecture
et de la fonction de la rue.
Il est impératif de respecter l'architecture de chaque façade
pour l'emplacement des luminaires. La priorité sera toujours
de mettre en valeur la beauté et l'intégrité
de chaque façade tout en essayant de situer tous les luminaires
à la même hauteur dans la rue afin de produire une
ligne lumineuse continue pour guider le mouvement des piétons
et unifier les ensembles architecturaux.
Les projecteurs servant à créer des effets spéciaux
et les appareils utilisés pour créer une lumière
rasante devront tous être camouflés. Dans certaines
parties de la ville, ce type d'éclairage est déjà
installé sur les toits d'édifices, avec suffisamment
de recul pour ne pas être vu de la rue. L'éclairage
avec ce genre d'apparil pourra également être camouflé
dans les lucarnes ou derrière tout élément
architectural décoratif situé sur la toiture. Il faudra
beaucoup d'imagination et de sensibilité pour obtenir l'effet
recherché tout en respectant l'environnement immédiat.
EMPLACEMENT DE L'ÉCLAIRAGE POUR LES FORTIFICATIONS ET
LES RAMPARTS
Les emplacements de l'éclairage pour les murs de fortifications
et les remparts se divisent en quatre groupes
1) Lumière verticale rasante
Dans ce cas, les appareils sont placés directement contre
le mur et la lumière est dirigée vers le haut, parallèlement
à la surface du mur. Cette approche est particulièrement
recommandée dans les sections où le mur est percé
de fenêtres (comme c'est le cas à la Citadelle) ; une
approche différente aurait pour effet de permettre à
la lumière de s'infiltrer par les fenêtres et pourrait
déranger les activités qui se déroulent à
l'intérieur
2) Eclairage un-six vers le haut
Il s'agit d'un type d'éclairage courant ; les appareils sont
situés à une distance égale à un sixième
de la hauteur du mur. Ce type d'éclairage est recommandé
pour des situations où la lumière doit illuminer de
grandes surfaces et où les alternatives d'emplacement sont
limitées à la base du mur. On peut utiliser des appareils
à tête multiples pour obtenir l'effet recherché,
mais les appareils devront toujours être camouflés
dans des tranchées, par des remblais ou par de la végétation.
3) Eclairage un-quatre vers le haut
Ce type d'éclairage sera utilisé dans les zones où
il faut illuminer simultanément la falaise, la végétation
et les remparts. Parce que le rapport de la hauteur (quatre) à
la distance de la base du mur (un) déplace les appareils
plus loin du mur, la surface illuminée est plus grande et
l'intensité lumineuse plus forte au niveau du sol. Cette
approche ne peut être utilisée que dans les zones où
les piétons n'ont pas accès à la base du mur.
4) Lumière rasante horizontale et effets spéciaux
Dans certains cas l'on recherchera une lumière rasante au
niveau du sol. Cette approche sera utilisée pour mettre en
relief les travaux de terrassement des fortifications. Des luminaires
spéciaux seront créés pour la signalisation
ou pour l'utilisation lors d'événements spéciaux
(Carnaval, fêtes, festivals, etc.). Ces appareils seront situés
entre autres près des entrées de stationnements municipaux,
des jardins et des noeuds principaux de circulation piétonnière.
INTENSITÉ LUMINEUSE
L'intensité de l'éclairage et la brillance relative
d'un luminaire par rapport à un autre sont des facteurs importants
à l'intérieur de la ville. L'équilibre et le
passage graduel de l'intensité lumineuse à l'intérieur
des fortifications à celui que l'on retrouve à l'extérieur
des fortifications, est également critique.
L'intensité lumineuse de base dans l'arrondissement historique
devrait être de 3 à 5 pieds chandelles, mesurés
directement sous les appareils au niveau du sol.
Ce niveau de base devrait être augmenté à un
niveau variant de 5 à 7 pieds chandelles le long des artères
principales pour signifier visuellement leur importance. Ce niveau
d'intensité est également recommandé pour mettre
en valeur certains monuments ou détails d'architecture.
Le niveau devrait atteindre ente 7 et 9 pieds chandelles aux intersections
majeures et dans les places publiques.
Le niveau d'intensité lumineuse pour les fortifications
devrait varier de 10 à 20 pieds chandelles. La gamme est
plus étendue que dans les cas précédents à
cause des contrastes entre les avant-plans et les arrières-plans.
En combinant ces différentes intensités on obtient
une grande flexibilité tout en ayant continuellement la possibilité
de se rattacher au concept de base. Par exemple, on peut se promener
dans une rue secondaire (3 à 5 pieds chandelles provenant
de luminaires muraux installés sur un côté de
la rue seulement), et arriver à une intersection (7 à
9 pieds chandelles) où un édifice historique important
est illuminé par des luminaires bien camouflés (5
à 7 pieds chandelles) et où une enseigne de restaurant
(5 à 7 pieds chandelles) invite le regard du passant.
Les niveaux d'intensité d'éclairage proposés
sont inférieurs aux normes habituelles parce que le mouvement
à l'intérieur de la vieille ville et le long des murs
de fortifications est essentiellement piéton. La vitesse
du piéton permet à l'oeil de s'adapter à l'obscurité
de telle sorte qu'un éclairage plus intense est inutile et
s'avère même être un gaspillage d'énergie.
L'authenticité historique et la qualité du concept
d'illumination nocturne demandent ces bas niveaux d'intensité
lumineuse et valident leur utilisation.
CONSIDÉRATIONS SAISONNIÈRES
La fréquence d'utilisation et les cheminements varient considérablement
en fonction des saisons et des périodes touristiques. Durant
le printemps, l'été et jusqu'au milieu de l'automne,
tous les espaces publics de l'arrondissement historique sont utilisés
; par conséquent, l'ensemble du système d'éclairage,
tant pour servir les fonctions de base que pour créer des
effets spéciaux, est en opération. Durant les mois
d'hiver, le nombre des visiteurs diminue considérablement.
Il y a donc une excellente occasion de modifier le caractère
nocturne de la vieille ville et de sauver de l'énergie en
réduisant de 30 à 50 % les effets lumineux les plus
importants. Par exemple, en n'illuminant qu'une partie de l'extérieur
des murs de fortifications cela permettrait d'obtenir des effets
variés et de sauver de l'énergie.
Durant l'été ou pendant des congés ou événements
spéciaux, on peut toujours ajouter des luminaires temporaires
pour créer des effets spéciaux. En résumé,
la gestion bien planifiée de l'éclairage de l'arrondissement
historique est un atout positif tant sur le plan de la diversité
visuelle que sur le plan de la conservation de l'énergie.
RECOMMANDATIONS GÉNÉRALES
1) Les services municipaux de voirie, de loisirs et de transport
devront créer un comité de coordination en collaboration
avec les autorités provinciales et nationales dans le but
de maximiser leurs interventions en ce qui concerne l'éclairage
de l'arrondissement historique.
2) Les appareils d'éclairage seront installés lorsque
d'autres travaux de restauration ou de rénovation urbaine
seront en cours. C'est ainsi que la vie dans la ville sera le moins
perturbée et les frais d'installation réduits au minimum.
3) Un système central de contrôle de l'éclairage
des fortifications et des espaces publics devrait être mis
en place. Il permettra d'obtenir une plus grande flexibilité,
variété d'effets d'éclairage et économie
d'énergie.
4) Une étude des différentes options pour l'installation
des câbles électriques et des luminaires devrait être
entreprise pour chaque zone définie dans l'étude.
5) Dans les zones où la densité des éléments
historiques est plus grande, on consultera un expert en éclairage
de scène pour déterminer les concepts d'illumination
les plus appropriés.
6) L'éclairage nocturne devrait être considéré
pour son potentiel unique d'interprétation historique, culturelle
et architecturale. Plusieurs villes européennes et américaines
(par ex. Paris, Williamsburg et la NouvelleOrléans) exploitent
déjà ce potentiel en offrant des circuits guidés
de visites nocturnes.
7) Dans certaines zones, l'on pourra explorer les possibilités
d'utiliser des luminaires mobiles (lanternes au kérosène
ou au propane par ex.). Ils rehausseront le caractère particulier
de certains événements ou fêtes. Grâce
à un système de câbles souterrains et à
des prises soigneusement dissimulées, des luminaires mobiles
additionnels pourront être installés lors de ces événements
spéciaux.
CONCLUSION
Le plan directeur pour l'aménagement des fortifications
de Québec approuvé en mars 1988 ne fait aucune mention
du concept d'éclairage que nous venons de voir. Il ne traite
aucunement des principes qui doivent s'appliquer à l'éclairage
de ce monument. C'est comme si son intérêt cessait
au moment où le soleil se couche, comme si l'éclairage
artificiel n'existait pas en cette fin du XXème siècle,
ou comme s'il ne s'agissait pas du problème de ceux qui sont
responsables de sa conservation et mise en valeur.
La présentation d'un monument historique la nuit est d'abord
et avant tout un problème d'esthétique. Il est impératif
que les professionnels du bâtiment qui revendiquent l'esthétique
comme étant leur domaine réservé, commencent
à discuter sérieusement de la question de l'éclairage
des monuments historiques en termes d'esthétique.
François LEBLANC
Architecte
membre de l'ordre des architectes du Québec
et de l'Institut royal d'architecture du Canada
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