LE CONSEIL INTERNATIONAL DES MÉTIERS DU PATRIMOINE (CIMP)
Par François LeBlanc et Yves Lacourcière (Publié
en 1994)

HISTORIQUE
À la fin de 1989, une vaste étude financée
par des fonds publics et privés a été entreprise
au Québec. Ces travaux d'étude ont porté sur
le marché, la connaissance de la capacité d'intervention
sur le patrimoine bâti ainsi que sur la mise en place d'organismes
visant à reconnaître et développer l'apport
essentiel des artisans de métiers d'art du bâtiment
sans lesquels le patrimoine architectural ne saurait survivre. Ces
travaux ont permis de constater que nos sociétés sont
confrontées à un fléau grandissant, celui de
l'appauvrissement de ces métiers, situation qui les mène
inexorablement à la désuétude, leur disparition
s'ensuivant.
Les métiers concernés sont surtout ceux, très
anciens, qui reposent sur la pratique et pour lesquels l'enseignement
technique n'occupe qu'une place relativement accessoire.
Au cours de missions réalisées entre l'automne 1992
et le printemps 1993, des représentants d'organismes nationaux
et internationaux et plus de 115 spécialistes américains
et européens ont été rencontrés. Nos
échanges nous ont permis de constater que même si les
dégâts que provoque l'appauvrissement de ces métiers
semblent plus criants en Amérique, l'Europe n'est pas épargnée.
Là aussi, la dévalorisation des métiers manuels
par rapport aux professions libérales et cléricales,
l'apparition de matériaux standardisés, l'industrialisation
du secteur du bâtiment, la coupure qui s'est opérée
dans l'architecture de l'après-guerre par rapport à
l'architecture classique et les fluctuations dans la commande sont
autant de conditions qui ont eu pour résultat de placer les
artisans de métiers d'art du bâtiment dans une situation
précaire.
Nos sociétés occidentales sont confrontées
au paradoxe suivant. Notre patrimoine architectural vieillit. Il
constitue donc un marché en croissance de plusieurs milliards
de dollars. Pourtant nous risquons de ne plus pouvoir compter sur
les ressources seules capables d'exploiter ces marchés.
La concordance de vues est à l'effet qu'il est difficile,
voire impossible, de contrer ce problème, chacun agissant
seul à l'intérieur de ses frontières nationales
respectives. Les métiers d'art du bâtiment, représentent
moins de 3% de la main d'oeuvre du marché du travail de la
construction mais les études réalisées au Québec
ont montré que les marchés de la restauration, de
la réhabilitation et de la mise en valeur du patrimoine bâti
étaient en croissance continue depuis plusieurs années
et que le potentiel du marché de l'emploi était considérable
(+/- 400%). En fait, dans ce secteur comme dans bien d'autres, nous
sommes de plus en plus tributaires de l'internationalisation des
marchés ainsi que de l'indispensable transfert des savoir-faire
nécessaires à la pérennité de ces métiers.
Ainsi, les spécialistes et praticiens rencontrés
sont convaincus que l'action à entreprendre pour contrer
la disparition de ces métiers, sans lesquels notre patrimoine
architectural ne survivra pas, devait être :
fondée sur le rôle social et économique véritable
que ces travailleurs doivent jouer dans le secteur du bâtiment;
commune, coordonnée et basée sur la coopération
internationale; ces métiers sont aujourd'hui trop marginalisés
pour se développer et assurer leur pérennité
dans le cadre de politique d'affectation des fonds tributaires du
choix des priorités des pays où ils s'exercent.
La réflexion commune est à l'effet que le sort de
notre patrimoine est lié à celui des artisans des
métiers traditionnels du bâtiment : l'un ne peut survivre
sans l'autre. partir de ces principes, la partie québécoise
s'est alors engagée à déposer rapidement un
projet concret auprès de ses interlocuteurs qui s'étaient
montrés intéressés à être les
partenaires actifs d'une action commune sur le terrain. C'est alors
que fut formé un groupe d'experts français et québécois,
agissant à parité, pour la définition d'un
plan d'action destiné à la mise sur pied du Conseil
international des métiers du patrimoine (CIMP).
Le CIMP a donc commencé à prendre vie à partir
de la signature d'un protocole d'entente, le 18 juin 1993, à
la Délégation générale du Québec
à Paris, à l'occasion d'une cérémonie
officielle à laquelle assistaient des représentants
du ministère des Affaires étrangères de France
et du ministère des Affaires internationales du Québec.
Le CIMP est donc le fruit d'une réflexion euro-américaine
et a pour objet de cristalliser l'effort de tous ceux qui veulent
s'investir pour assurer la pérennité des métiers
d'art du bâtiment par ces actions basées sur la réalité
économique normale de production : le chantier.
C'est le 1er décembre 1994 lors de la première assemblée
des membres-fondateurs du CIMP, tenue simultanément à
Québec et à Paris à l'aide d'une vidéo-
conférence, qu'a été donné le coup d'envoi
officiel à la création de cet organisme international
non gouvernemental, constituant une force d'intervention multinationale
vouée à la sauvegarde authentique du visage de la
culture des peuples, le patrimoine architectural.
"Le patrimoine qu'il s'agit de protéger est une richesse
qui appartient à l'humanité et l'effort des uns doit
recevoir l'appui des autres pour le mieux-être de tous."
LISTE DES MÉTIERS TRADITIONNELS DU BÂTIMENT
Un artisan de métiers traditionnels du bâtiment est
une personne qui possède la connaissance pour transformer
un matériau brut utilisé dans le bâtiment en
tout ou en partie selon des techniques anciennes.
Carrelage : céramique, mosaïque, pose de marbre, granite
ardoise, terrazzo
Pierre, marbre, granite : taille architecturale, taille
ornementale
Maçonnerie : cheminées, foyers (restauration), maçonnerie
de
pierre (restauration)
Menuiserie : charpenterie traditionnelle, ébénisterie
(mobilier, boiserie, moulure, escalier), marqueterie, menuiserie
générale, parqueterie, portes et fenêtres (cadre
et châssis) toiture de bois (bardeau, déclin)
Métallerie : forge, fonderie d'art, métal en feuille
Peinture spécialisée : dorure en feuille, peinture
d'art,
trompe-l'oeil
Plâtrerie : application d'enduit, moulure
Toiture : ferblantier-couvreur (tôle à baguette, tôle
canadienne), tout autre type de toiture
Verre : verre soufflé, vitrail
Métiers apparentés : gravure sur verre, peinture
sur verre, plâtrerie ornementale (fabricants), sculpture sur
bois/pierre, pose de papier peint/tissu.
COMMUNIQUÉ : DÉJÀ DES PROJETS À
RÉALISER
(Québec, 1er décembre 1994) l'occasion du lancement
officiel de ses activités aujourd'hui, simultanément
à Québec et à Paris, le Conseil international
des métiers du patrimoine (CIMP) a rendu public une série
de projets qui seront réalisés au cours de l'année
1995.
Dans les prochains mois, une équipe de spécialistes
et d'entrepreneurs se rendra en République tchèque
sous l'égide du ministère de l'Industrie, du Commerce
et de la Technologie du Québec. Ceux-ci verront alors à
définir un projet de restauration et d'aménagmeent
de 150 millions $ pour la partie historique de la Ville Cesky Krumlov
construite au XIIe siècle. Parmi ses projets, le CIMP compte
aussi l'introduction au Canada d'un procédé de nettoyage
de la pierre par laser. Les représentants du fabricant français
viendront présenter cet équipement de haute technologie
qui sera utilisé pour la première fois en sol
nord-américain.
Aussi, une entente-cadre sera bientôt conclue entre l'École
des métiers et occupations de l'industrie de la construction
de Québec (ÉMOICQ) et UNICEM, un centre français
de formation d'excellence et de réputation internationale
dans les métiers de la pierre et du marbre. L'entente prévoit
notamment pour le centre de formation québécois l'acquisition
d'une expertise dans un créneau inexploité en Amérique.
Le CIMP doit aussi participer à l'élaboration d'un
programme de transfert de savoir-faire à l'intention d'artisans
du Vénézuela, en collaboration avec l'Agence des Cités
Unies pour la Coopération Nord-Sud.
Finalement, il est aussi question de la production d'une émission
télévisée montrant au grand public de l'ensemble
de la francophonie, les dégâts et les problèmes
qu'entrainerait un plus grand dépérissement de la
situation des artisans de métiers d'art du bâtiment
et les solutions à apporter afin s'assurer la sauvegarde
authentique du visage de la culture des peuples, le patrimoine bâti.
Source Amérique : CIMP Jean-François Gilbert, Tél.
: 418.692.3119 Fax : 418.692.3139
Source Europe : UNICEM Jacques Benharrousse, Tél. : 1.44.01.47.01
Fax : 1.40.54.03.28.
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