L'IMPORTANCE DES RÉSEAUX NATIONAUX ET INTERNATIONAUX POUR
LA CONSERVATION DU PATRIMOINE
Par : François LeBlanc, Architecte, Head, Field Projects,
Getty Conservation Institute, Los Angeles, CA, USA
Summary
THE SIGNIFICANCE OF NATIONAL AND INTERNATIONAL NETWORKS IN THE CONSERVATION
OF HERITAGE
UNESCO recently celebrated the 30th anniversary of the Convention
for World Cultural and Natural Heritage, and due to a network of
international efforts much heritage has been preserved, but these
traditions remain threatened by the changes that come with the passage
of time. This heritage would have little chance of surviving if
it were not for the craftspeople who play such a major role in preserving
and teaching these traditional skills. The International ECONOMUSEUM®
Network Society contributes greatly to the preservation of these
crafts and to the development and economic survival of craftspeople
and businesses that are needed by communities seeking to restore
older buildings and structures. However, ECONOMUSEUM® are not
the only ones doing this sort of work: in Tunisia the Getty Conservation
Institute and the Institut National du Patrimoine de Tunisie have
successfully undertaken a training program for technicians maintaining
mosaics in situ; in Ghana, traditional women's paintings on earthen
plaster walls were redeveloped through the restoration of national
architectural heritage; and in France, a group of businesses owned
by heritage craftspeople works together to open new markets for
its members.
L'UNESCO
célèbre cette année le trentième anniversaire
de la Convention pour la Protection du Patrimoine Mondial, Culturel
et Naturel. Durant cette période, plus de 170 pays ont ratifié
la Convention et ont participé à la désignation
de plus de 730 biens exceptionnels. Cette Convention est rapidement
devenue l'instrument légal international le plus universel
pour la protection du patrimoine culturel et naturel.
L'accroissement phénoménal de l'intérêt
des nations pour la reconnaissance et la préservation du
patrimoine mondial au cours des trente dernières années
est dû en partie au développement et au renforcement
à tous les niveaux des réseaux internationaux de personnes
et d'institutions oeuvrant dans le domaine culturel. C'est en effet
grâce aux vastes réseaux internationaux créés
par des organismes tels l'UNESCO1 , l'UICN2
, l'ICOM3 ou l'ICOMOS4
que la connaissance et la diffusion de la notion de patrimoine ont
pris un tel essor.
Mais ce patrimoine culturel et ce patrimoine naturel sont néanmoins
de plus en plus menacés de destruction non seulement par
les causes traditionnelles de dégradation mais encore par
l'évolution de la vie sociale et économique qui les
aggrave par des phénomènes d'altération ou
de destruction encore plus redoutables.
Les artisans et les entreprises de métiers d'art jouent
un rôle important dans la conservation et la transmission
de savoir-faire qui contribuent à la définition et
à la reconnaissance des différentes cultures associées
au patrimoine de l'humanité.
La Société Internationale des entreprises ÉCONOMUSÉE®
contribue efficacement à la préservation, la transmission,
la valorisation et la survie économique des artisans et des
entreprises de métiers d'art. Elle démontre avec succès
que l'action commune, concertée, coordonnée et basée
sur la coopération nationale permet à des petites
entreprises de métiers d'art qui ont été marginalisées
de se développer et d'assurer leur pérennité
dans le cadre d'un monde où le succès se mesure de
plus en plus en termes de globalisation, de standardisation et de
survie économique.
Marché en croissance
Le patrimoine culturel et naturel ne saurait survivre sans l'apport
essentiel des artisans de métiers d'art. Des études
réalisées au cours des années 90 ont permis
de constater que même si les dégâts que provoque
l'appauvrissement de ces métiers semblent plus criants en
Amérique, l'Europe n'est pas épargnée. Là
aussi, la dévalorisation des métiers manuels par rapport
aux professions libérales et cléricales, l'apparition
de matériaux standardisés, l'industrialisation et
les fluctuations dans la commande sont autant de conditions qui
ont eu pour résultat de placer les artisans de métiers
d'art dans une situation précaire.
Prenons l'exemple du domaine de l'architecture. Nos sociétés
occidentales sont confrontées au paradoxe suivant. Notre
patrimoine architectural vieillit. Il constitue donc un marché
en croissance de plusieurs milliards de dollars. En fait, depuis
une dizaine d'années, ce marché dépasse chaque
année celui de la construction neuve au Canada.
En fait, j'ai eu l'occasion de participer, il y a quelques années,
à une réunion convoquée par l'Institut de recherche
en construction du Conseil national de recherches Canada.
Le but de la réunion était d'étudier la possibilité
de créer l'industrie canadienne de la " restauration
" une nouvelle industrie qui se développerait en parallèle
avec l'industrie de la " construction " mais qui pourrait
développer des outils, des équipements, des savoir-faire,
des professionnels et de la recherche fondamentale entièrement
concentrés sur la restauration des bâtiments et des
structures existantes.
Mais cette initiative n'a pas encore porté fruit. Pourtant,
si notre société ne réagit par rapidement,
nous risquons de ne plus pouvoir compter sur les ressources spécialisées
seules capables d'exploiter ces marchés.
La concordance de vues sur cette question est à l'effet
qu'il est difficile, voire impossible, de contrer ce problème,
chacun agissant seul à l'intérieur de ses frontières
nationales respectives. Les études réalisées
à l'échelle de l'Amérique du Nord indiquent
que les marchés de la restauration, de la réhabilitation
et de la mise en valeur du patrimoine bâti sont en croissance
continue depuis plusieurs années et que le potentiel du marché
de l'emploi est considérable (+/- 400%). En fait, dans ce
secteur comme dans bien d'autres, nous sommes de plus en plus tributaires
de l'internationalisation des marchés ainsi que de l'indispensable
transfert des savoir-faire nécessaires à la pérennité
de ces métiers.
Ainsi, les spécialistes et praticiens sont convaincus que
l'action à entreprendre pour contrer la disparition de ces
métiers, sans lesquels notre patrimoine architectural ne
survivra pas, devait être :
- fondée sur le rôle social et économique
véritable que ces travailleurs doivent jouer dans le secteur
du bâtiment;
- commune, coordonnée et basée sur la coopération
internationale.
Face à ce défi, la Société Internationale
des entreprises ÉCONOMUSÉE® est un modèle
et un bel exemple de réussite.
Valoriser l'entretien
Bien restaurer les monuments historiques n'est pourtant qu'une
étape dans leur cycle de vie. En fait, il ne sert à
rien de bien restaurer les monuments historiques en faisant appel
aux meilleurs artisans et aux meilleurs professionnels si l'on ne
s'assure pas de leur entretien à long terme par des ouvriers
et des techniciens qualifiés. L'absence d'entretien et le
mauvais entretien des monuments historiques sont internationalement
reconnus comme une des causes majeures de la disparition de ce patrimoine.
Conscient de cette réalité, l'Institut Getty de Conservation
et l'Institut National du Patrimoine de Tunisie ont conjointement
entrepris depuis quelques années un programme de formation
de techniciens à l'entretien des mosaïques in situ.
Les ouvriers spécialisés formés aux techniques
de conservation et d'entretien des mosaïques sont maintenant
valorisés et reconnus pour leur savoir-faire. Un Centre pour
la conservation et l'étude des mosaïques anciennes est
en voie de création au sein de l'INP et ces ouvriers en constitueront
un élément clé. Ils seront distribués
dans cinq régions de la Tunisie et formeront un réseau
national capable d'intervenir en fonction des besoins, des urgences
et des priorités.
Au Ghana, les peintures sur enduit de terre étaient traditionnellement
réalisées par des femmes. Ces techniques étaient
en voie de disparition mais ont été revalorisées
de nouveau par la restauration du patrimoine architectural national.
Les efforts pour assurer leur pérennité sont en bonne
voie car le gouvernement ghanéen travaille étroitement
avec des institutions internationales pour recréer dans son
pays la tradition de la construction de bâtiments en terre,
une approche et une solution technique qui lui permettrait de faire
face aux nombreux défis de créer des logements pour
une population en croissance constante.
En France, nous assistons au regroupement de nombreuses entreprises
d'artisans des métiers du patrimoine qui travaillent de façon
concertée pour ouvrir de nouveaux marchés à
leurs membres. Pour s'assurer que les savoir-faire seront préservés
et transmis, l'Association ouvrière des Compagnons du Devoir
du Tour de France a publié un ouvrage extraordinaire intitulé
l'Encyclopédie des Métiers - Le bois; elle travaille
maintenant à la publication d'encyclopédies sur la
carrosserie, l'art du couvreur, les verrières, la maçonnerie
et la taille de pierre, la plâtrerie, le staff et le stuc,
la menuiserie et la métallerie. Ce genre d'initiative demeurerait
sans espoir sans la collaboration de tous les artisans et les entreprises
de métiers d'art réunies au sein d'un réseau
national fort et bien structuré.
Nous assistons donc lentement, mais graduellement à la renaissance
ou du moins au désir de renaissance des métiers d'art
du bâtiment dans de nombreuses régions du monde. Les
machines ne remplaceront jamais l'esprit et le génie créateur
de l'être humain. Encore faut-il trouver et mettre en place
les moyens pour la préservation, la transmission, la valorisation
et la survie économique des artisans et des entreprises de
métiers d'art pour assurer la sauvegarde authentique du visage
de la culture des peuples.
La Société Internationale des entreprises ÉCONOMUSÉE®
célèbre cette année son dixième anniversaire.
Félicitations! C'est une belle réalisation et une
initiative qui contribue à l'enrichissement de la vie culturelle
de tous, et particulièrement en Amérique du Nord où
la survie de toute institution fondée sur des principes de
mise en valeur de la culture doit faire face à des obstacles
et à des défis de très grande envergure.
- Organisation des Nations Unies pour l'éducation,
la science et la culture
- Union internationale pour la conservation de
la nature
- Conseil international des musées
- Conseil international des monuments et des sites
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