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Place Paton avant restauration
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Place Paton après restauration
en 1985
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Place Andrew Paton, Sherbrooke, QC, Canada - 1983-85
Ce projet concerne la reconversion des bâtiments de l'ancienne
filature de laine construite par Andrew Paton en 1866. Il a été
conçu à titre de projet pilote pour démontrer
pratiquement à des promoteurs privés qu'il était
possible de sauver des bâtiments anciens en les convertissant
à une nouvelle utilisation tout en faisant un profit.
L'article suivant que j'ai écrit pour la revue Continuité
L'union fait la force
: la reconversion de la "Paton" à Sherbrooke le
prouve présente le projet dans le contexte de l'époque.
J'aimerais partager ici quelques détails plus spécifiques
du projet.
Pour voir d'autres photos du projet, cliquez ici sur la photo:
Potentiel
Un projet comme celui-là débute toujours par des
contacts personnels. C'est donc à la suite de discussions
entre Jacques Dalibard, directeur général de la Fondation
Héritage Canada et Claude Langlois, ingénieur conseil
établi dans la région de Sherbrooke, que l'idée
de développer le site de l'ancienne Paton prit forme. Dès
les premières discussions il apparut que le projet offrait
un potentiel intéressant. Le site était situé
au centre-ville, près du palais de justice. Il offrait plus
de 200,000 pieds carrés (environ 20,000 m2) de bâtisses
dont la structure était en très bon état. Les
bâtisses étaient situées en bordure de la rivière
qui traverse la ville.
Concept
Après entente avec les promoteurs locaux qui étaient
propriétaires du site, nous avons créé une
compagnie dédiée spécifiquement au développement
de ce projet, le concept qui nous a semblé le plus opportun
comprenait les étapes suivantes :
- Vendre une partie du terrain et une des bâtisses pour
établir un fonds de roulement et diminuer notre risque
financier.
- Phase I : créer 48 appartements condominium dans une
des bâtisses, un projet de 2.5 million de dollars.
- Phase II: créer 30,000 pieds carrés (environ 3
000 m2) d'espace commercial, un projet de 1.5 million de dollars.
- Phase III: construire un édifice en hauteur comprenant
25 appartements à louer.
Avantages face à la compétition
- Terrain sur rivière.
- Condominium dotés de systèmes mécaniques
et électriques neufs.
- L'espace plancher-plafond d'environ 12 pieds (4m), les grandes
fenêtres, la brique apparente sur les murs intérieurs
et la charpente massive en bois.
- Ascenseur (accès universel)
- Piscine extérieure
Phase I
Malgré le fait que la première phase de ce projet
ait été rentable, la fondation Héritage Canada
n'a participé qu'à la Phase I du projet. Elle a par
la suite vendu ses parts dans la compagnie qui a continué
a développer les autres phases.
Leçons
J'ai tiré de nombreuses leçons de ma participation
à ce projet. J'étais alors le responsable du programme
des propriétés de la fondation et le suivi de ce projet
tombait sous ma responsabilité.
- Fondation vs développement.
Une fondation à but non-lucratif ne devrait pas s'impliquer
dans le développement immobilier comme un entrepreneur
privé. Il y a d'autres moyens de soutenir leurs efforts
ou de les conseiller. J'en suis venu à cette conclusion,
entres autres, après discussion avec l'un des entrepreneurs
qui m'a expliqué qu'il faut un certain niveau de tension
financière personnelle pour entreprendre un projet immobilier.
Si le niveau de tension (comprendre investissement financier personnel)
est trop bas, on a tendance à ne pas s'occuper du projet;
si le niveau de tension est trop élevé, le risque
est trop grand et le moindre problème risque de mettre
en péril tout le projet. Il faut que le risque personnel
soit juste au bon niveau, c'est-à-dire qu'il soit suffisant
pour maintenir notre attention et intérêt constant,
sans être trop élevé pour créer une
catastrophe personnelle si le projet ne rencontre pas ses objectifs
financiers. Or, en étant employé salarié
d'une fondation, le seul risque financier réel que j'avais
si le projet n'était pas un succès financier, c'était
de perdre mon emploi et cela indépendamment du niveau d'investissement
financier dans le projet. Par contre, pour l'entrepreneur privé,
c'était son argent personnel qui était en jeu. Dans
ces circonstances, la motivation pour régler les problèmes
au plus vite et de la façon la plus profitable est très
forte si le niveau de tension est suffisant. Et c'est ce qui fait
la différence entre un projet qui rapporte un profit ou
un autre qui fait une perte.
- Si ça vaut la peine d'être
fait, ça vaut la peine d'être bien fait.
Il ne faut pas compter les heures et porter attention à
tous les détails. Si quelque chose n'a pas été
bien fait il faut prendre le temps de le refaire comme il faut,
même si cela engendre des coûts supplémentaires.
Si non, il en coûtera encore beaucoup plus pour reprendre
les choses mal faites plus tard.
- Attention aux avocats. Il
ne faut pas laisser aux avocats le soin de négocier les
ententes entre partenaires ou autres autorités. La meilleure
approche est de négocier vous-mêmes entre partenaires
tous les points auxquels vous pensez; n'ayez pas peur de discuter
comment vous aller vous entendre si le pire scénario se
réalise; vaut mieux en discuter pendant que l'on pense
à faire des profits plutôt que lorsque l'on doit
faire face à une perte importante. Lorsque vous vous serez
entendu sur tous les points, alors seulement demandez à
votre avocat de rédiger le contrat, et surtout qu'il n'introduise
pas de clauses ou conditions que vous n'aurez pas eu l'occasion
de discuter avec vos partenaires; c'est la meilleure façon
de détruire la confiance entre partenaires.
- Études essentielles.
Il est indispensable d'avoir de bonnes études a) de marché
b) techniques c) financières avant de débuter tout
travaux.
- Construction. Bon gérant
de construction = profits ; mauvais gérant de construction
= pertes.
- Vente. Un vendeur ça
vend
il est là pour vendre ce que vous avez construit
le plus rapidement possible. Dans ce projet, nous avons eu l'idée
magique de construire un appartement modèle dans l'édifice
même. Nous avons invité le public à le visiter
et lorsque quelqu'un se montrait intéressé, nous
pouvions lui faire voir exactement l'endroit où serait
situé son condominium dans l'édifice, la vue qu'il
aurait sur la rivière ou la place. Il faut être précis
et ferme avec les vendeurs.
- Études de marché
: s'impliquer; visiter les projets compétiteurs; appartement
modèle; offrir des alternatives.
- Études techniques :
impliquer un expert; laisser le moins possible au hasard; obtenir
des plans complets avant de commencer tout travaux.
- Études financières :
préparer un bon dossier; négocier les garanties;
négocier avec le notaire ou l'avocat pour l'établissement
des hypothèques; négocier avec les arpenteurs pour
la description de l'implantation de chaque condominium.
Suit un article du journal La Tribune de Sherbrooke, Samedi 28
juillet 1984.
L'ancienne Paton
75% des nouveaux logements déjà vendus
par Stéphane Lavallée
SHERBROOKE - La réhabilitation du complexe des anciennes
manufactures Andrew Paton, au coin des rues King et Belvédère,
à Sherbrooke, est bel et bien amorcée, même
qu'environ 75% des habitations en copropriété seraient
déjà vendues, selon le courtier Jean Pineault du Groupe
Associé, la maison chargée de la commercialisation,
la vente et la location des locaux.
Hier, à l'occasion de la visite de deux logements-témoins,
le directeur général de la Fondation canadienne pour
la protection du patrimoine. Jacques Dalibard. a précisé
l'implication de cet organisme dans la réalisation du projet.
La Fondation, à titre de mouvement privé, s'est associée
aux quatre actionnaires de la Place de la Fabrique Sherbrooke inc.
Selon Jacques Dalibard, l'emplacement exceptionnel des bâtisses
a contribué à la décision d'engager des fonds.
Situé près de la rivière Magog, en face du
futur Palais de justice et au cur de Sherbrooke, le complexe
du plateau Marquette offre l'aspect d'un "projet prestigieux",
affirme le directeur général.
Le caractère historique des édifices a évidemment
joué un rôle déterminant. Il cadre parfaitement
dans la mission de la Fondation canadienne pour la protection du
patrimoine qui investie ses efforts pour la sauvegarde du patrimoine
architecturale.
La contribution financière de la Fondation se chiffre à
300,000$. Elle se transforme ainsi en actionnaire de la compagnie
qui gère l'endroit. La Place de la Fabrique Sherbrooke inc.
regroupent aussi Laurent Beaudoin et Jean-Louis Fontaine, respectivement
président et vice-président de Bombardier, de même
que les ingénieurs Denis Bertrand et Claude Langlois.
La bâtiment qui abritera 48 unités de logement est
situé au centre du terrain. Les deux édifices qui
font face à la rue Belvédère se transformeront
quant à eux en commerces et bureaux d'affaires. La bâtisse
qui forme l'angle des rues King et Belvédère a par
ailleurs été acquise par la Société
d'habitation du Québec qui compte y aménager des logements
pour personnes âgées. Un autre édifice sera
vraisemblablement rasé alors qu'on n'est pas encore fixé
quant à la vocation d'une autre bâtisse.
Vente rapide
La vente des unités de logement, dont la construction devrait
être achevée en décembre, s'est déroulée
en moins de trois semaines. Les prévisions les plus optimistes
ne prévoyaient pas un scénario semblable.
"On était un peu inquiet", lance Jean Pineault,
courtier au Groupe Associé. "On a découvert un
marché qu'on ne connaissait pas", ajoute-t-il. Les logements
couvrent entre 40 et 75 mètres carrés et leurs prix
s'échelonnent de 31,000$ à 121,000;.
On a conservé le cachet particulier de la construction qui
abritait auparavant les travailleurs de la Paton. Des rangées
de poutres en bois traversent l'immeuble et ajoute un caractère
pittoresque aux logements.
Les promoteurs prévoient entourer le site d'un parc et d'espaces
récréatifs sur les berges de la rivière Magog.
On compte aussi aménager un stationnement souterrain.
La Fondation
La Fondation canadienne pour la protection du patrimoine ( Héritage
Canada), qui est à but non-lucratif, a été
fondée en 1973. Dès lors, elle recevait 12 millions
de dollars du gouvernement fédéral, entendu qu'elle
devrait par la suite assurer son financement par les intérêts
de ce montant et les donations des membres et de l'entreprise privée.
Les membres du conseil d'administration de la Fondation sont d'ailleurs
en congrès au Domaine St?Laurent de Compton cette semaine.
Cinq programmes guident les activités de l'organisme, dont
celui les " Propriétés " qui s'applique
à la réhabilitation du complexe des anciennes manufactures
Andrew Paton.
Le projet de conservation de Sherbrooke constitue un précédent
au Québec, bien qu'on remarque un programme semblable à
Montréal.
Les édifices de la Paton ont cessé de servir pour
les activités de cette manufacture de lainage en 1979. Différents
groupes sociaux avaient alors réclamé la construction
d'habitations à loyers modiques (HLM) à cet endroit.
Le projet d'une coopérative de logements a par la suite failli
aboutir. Finalement, il y a six mois, les propriétaires du
complexe, depuis 1979, ont décidé de mettre en branle
le réaménagement actuel.
Le maire de Sherbrooke, Jean-Paul Pelletier s'est dit heureux de
la décision des entrepreneurs d'adopter le nom de la Place
Andrew Paton, en l'honneur de ce pionnier industriel qui s'est installé
dans la ville reine de l'Estrie en 1886.
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