Débat de l'ICOMOS sur les principes admis et les normes pour la reconstruction des monuments et des sites

Animé par le Comité scientifique international de l'ICOMOS sur l'Interprétation et la Présentation des Sites Patrimoniaux (ICIP)

Contexte

La reconstruction dans le domaine du patrimoine peut être définie comme l'acte ou le processus de représentation de la forme, des caractéristiques, des détails, ou parfois même des matériaux manquants d'un site, d'un monument, d'un paysage, d'un bâtiment, d'une structure ou d'un objet qui n'existe plus (ou une partie de celui-ci) à une période précise, et généralement dans sa localisation historique.


Il est important de noter que les reconstructions peuvent aujourd'hui être numériques aussi bien que physiques, ce qui n'avait pas été prévu au moment de la Charte de Venise en 1964. Bien que la reconstruction physique puisse être plus « invasive » et endommager d'avantage le tissu d'origine qui reste de sites archéologiques ou historiques, la reconstruction physique comme numérique soulève de sérieuses questions de validité historique car les deux peuvent produire des images persuasives pour un usage éducatif et à des fins d'interprétation.

La reconstruction est distincte de la restauration dans le sens où elle comprend la construction nouvelle de divers composants manquants du paysage culturel, tels que des bâtiments, des huttes, des villes ou des villages, des constructions en terre, des zones de vie, des chemins et des rues. Partout dans le monde, les reconstructions ont abordé un large éventail temporel comprenant des sites (dont des dizaines sinon des centaines d'autres qui pourraient être mentionnés) comme par exemple une maison néolithique à Çatalhöyük en Turquie ; la Grande Kiva préhistorique au Aztec Ruins National Monument dans le Nouveau-Mexique aux Etats-Unis ; le portail de l'âge de fer de Beer-Sheva en Israël ; le site Castell Henllys de l'âge de fer au Pays de Galles ; le parc archéologique romain de Xanten en Allemagne ; ainsi que de nombreux bâtiments de périodes historiques (la plupart en bois, mais aussi en clayonnage enduit de torchis) à travers l'Europe et l'Amérique du Nord.

La Charte de Venise (1964), considérée depuis longtemps comme la source faisant les plus autorité pour la théorie de la conservation internationale, a été interprétée comme interdisant strictement la reconstruction des sites archéologiques – et de même, en toute probabilité, la reconstruction des monuments architecturaux détruits.

L'article 15 de la Charte stipule clairement que :
Tout travail de reconstruction devra cependant être exclu à priori, seule l'anastylose peut être envisagée, c'est-à-dire la recomposition des parties existantes mais démembrées. Les éléments d'intégration seront toujours reconnaissables et représenteront le minimum nécessaire pour assurer les conditions de conservation du monument et rétablir la continuité de ses formes.

Même concernant la « restauration » définie par la Charte de Venise (art. 9) comme l'opération spécialisée dont le « but est de conserver et de révéler les valeurs esthétiques et historiques du monument et se fonde sur le respect de la substance ancienne et de documents authentiques », l'exactitude est primordiale. La Charte insiste que même la restauration (qui n'implique pas la reconstruction) « s'arrête là où commence l'hypothèse, sur le plan des reconstitutions conjecturales ». Mais où, précisément, peut-on situer la limite entre conjecture et certitude lorsqu'il s'agit de l'interprétation – inévitablement créative – du matériel historique manquant ou endommagé ?

Une exception notable à cette insistance sur la conservation uniquement du « tissu d'origine » qui demeure a été faite par la Charte de Cracovie de 2000 (qui a complété les conclusions de la précédente Déclaration de Dresde sur la Reconstruction de 1982).

L'article 4 de la Charte de Cracovie a déclaré que :
La reconstruction de parties entières "dans le style de l'immeuble" doit être évitée. La reconstruction de parties limitées ayant une signification architecturale peut être acceptée, à titre exceptionnel, à condition d'être basée sur une documentation précise et indiscutable.

Cependant, elle a également reconnu que :
La reconstruction d'un immeuble entier, détruit par un conflit armé ou un désastre naturel, n'est acceptable que s'il y a des motifs sociaux et culturels exceptionnels en rapport avec l'identité de la communauté tout entière.

Ceci avait été le cas lors de la reconstruction à grande échelle de la ville de Ieper/Ypres en Belgique, qui avait été nivelée pendant le bombardement intense de la guerre des tranchées de la Première Guerre mondiale ; du centre historique de la ville de Varsovie, détruit pendant la Seconde Guerre mondiale ; et du symbolique pont de Mostar, volontairement dynamité pendant les Guerres balkaniques des années 1990. Dans les années qui ont suivi la Charte de Cracovie, des experts du patrimoine de l'UNESCO et de l'ICOMOS ont discuté des plans pour la reconstruction physique des bouddhas de Bamiyan, des tombes Kasubi en Ouganda et des structures en terre de Tombouctou au Mali - qui ont tous été détruits pour des raisons politiques et / ou d'inimitié religieuse.

Un appel à la discussion

Malgré la reformulation du concept d'authenticité par le Document de Nara de 1994 et les textes de Dresde et de Cracovie mentionnés ci-dessus, une hostilité, professionnelle et formelle, aux reconstructions de tous types, sans considération de leur possible signification éducative ou culturelle et dans l'hypothèse qu'elles ont souvent été effectuées principalement pour des fins commerciales, subsiste. La résolution suivante (17GA 2011/39), adoptée par la 17e Assemblée générale de l'ICOMOS à Paris en 2011 se lit comme suit :

La 17e Assemblée générale de l'ICOMOS,
Rappelant la Charte de Venise (1964), la Déclaration de Dresde sur la reconstruction (1982), le Document de Nara sur l'Authenticité (1994), la Charte de Cracovie (2000), et d'autres recommandations concernant la théorie et la pratique de reconstructions;
Considérant la croissance significative à l'échelle mondiale des reconstructions de monuments et d'ensembles y compris des sites du patrimoine mondial;
Considérant le mépris croissant des principes théoriques en vigueur relatifs à la justification de la reconstruction et une nouvelle tendance vers la commercialisation importante des activités de reconstruction;
Encourage l'ICOMOS, considérant ce phénomène comme une urgence à traiter, à lancer un débat sur cette nouvelle et croissante tendance à la reconstruction.

A la réunion du Conseil consultatif de 2012 à Beijing, le Comité scientifique international de l'ICOMOS sur l'Interprétation et la Présentation des Sites Patrimoniaux (ICIP) a été chargé de faire avancer le débat, avec l'aide de tous les autres CSI intéressés ou des membres individuels de l'ICOMOS. Lors de la réunion du Conseil consultatif en 2013 à San Jose, des suggestions sur le contenu de l'enquête ont été sollicitées de tous les Comités nationaux et les Comités scientifiques internationaux.

Après la réunion, il a été décidé que l'analyse des résultats de cette enquête serait menée par l'ICIP en étroite collaboration avec les Comités scientifiques internationaux de l'ICOMOS, CIPA (Documentation du patrimoine) et THEOPHILOS (Théorie et philosophie).

Il est essentiel, dans l'objectif de commencer un débat au sein de l'ICOMOS sur les principes admis et la fréquence des reconstructions, que tous les membres de la communauté ICOMOS expriment leurs opinions.

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