LE PATRIMOINE INDUSTRIEL, UN NOUVEAU PATRIMOINE

par Eusebi Casanelles, Président de TICCIH


Les appels visant à la prise en compte des vestiges industriels comme faisant partie de notre patrimoine culturel sont relativement récents. Ils se sont néanmoins répandus dans tous les pays qui ont connu l’industrialisation ou qui ont développé des activités industrielles. Jusqu’à quelques décennies, un lieu de travail lié à une industrie représentait juste une étape plus évoluée d’un lieu antérieur, et pour la plupart des personnes il représentait simplement l’endroit où ils travaillaient. Il était inconcevable de penser qu’un jour on puisse considérer ces lieux comme faisant partie du patrimoine culturel d’un pays. Mais à partir des années 1950 et 1960, des innovations techniques très importantes ont eu pour conséquence une rupture radicale dans la façon de concevoir et de construire nos bâtiments, machines et outils et dans la façon de les utiliser. Parallèlement, nos comportements et coutumes ont subi une transformation sociale profonde. En quelques années, le monde de la production est devenu obsolète, et notre société s’est transformée. Le monde est entré dans une ère nouvelle, et les vestiges de l’industrialisation ont rapidement accédé au statut de vestiges historiques.

L’importance du patrimoine industriel se base sur deux valeurs principales. L’une d’elles est d’être le témoignage du monde du travail et de la vie quotidienne d’une période qui a transformé l’humanité. L’autre est qu’il constitue un document qui nous aide à mieux comprendre la façon dont les gens vivaient et travaillaient durant cette période. L’information qu’il contient est ce qui détermine sa valeur en tant que témoignage, et l’information que nous pouvons en tirer établit sa valeur en tant que document.

Les vestiges de l’industrie et du travail ne constituent pas un patrimoine qui se prête à la contemplation, comme une oeuvre d’art, et ils ne possèdent pas de valeur liée à leur ancienneté au sens traditionnel du terme. Le patrimoine industriel se compose des sites de production, mais aussi, des maisons des personnes qui ont travaillé sur ces sites, des systèmes de transport qu’ils ont utilisés, des témoignages de leur vie sociale, etc. Mais même si ces éléments individuels ont une valeur propre, leur véritable importance ne devient évidente que quand ils sont pris dans le contexte de l’ensemble du paysage dans lequel ils se trouvent, et que nous pouvons examiner la relation entre tous ces éléments. La prise en compte du paysage est fondamentale à la compréhension du patrimoine industriel.

Le grand nombre de vestiges industriels qui se trouvent dans différentes régions nous oblige à sélectionner les plus importants et, si nous souhaitons en conserver une quantité significative, il nous faut leur trouver des usages nouveaux et appropriés. Ce changement d’usage implique des modifications, et nous conduit à un nouveau débat sur l’authenticité de ce qui est préservé. Si nous souhaitons que les générations futures comprennent ce qui les a précédées, une interprétation de la signification de ces lieux est également nécessaire.

Le mouvement en faveur de la sauvegarde du patrimoine industriel a débuté en Angleterre dans les années 1960, mais aujourd’hui on le trouve dans tous les pays qui ont connu une certaine industrialisation. La société moderne évolue si rapidement que vingt ans peuvent sembler une éternité, et le changement de siècle, qui nous a placé symboliquement dans un nouveau millénaire, nous sépare encore plus de notre passé récent. Pour la majorité des citoyens, le monde industriel peut sembler aussi éloigné que toutes les autres périodes historiques.

Aujourd’hui est venu le temps de promouvoir la reconnaissance définitive du patrimoine industriel et d’entamer une réflexion approfondie sur tous les concepts mentionnés ci-dessus. Nous nous réjouissons que l’ICOMOS ait choisi de dédier le 18 avril 2006 au patrimoine industriel, car c’est un pas important vers ces objectifs.

L’ICOMOS et le TICCIH ont signé, à Londres en 2000, un accord grâce auquel un partenariat a été initié qui depuis a déjà porté ses fruits, comme par exemple, l’inscription de paysages industriels au Patrimoine mondial. Je souhaite vous remercier pour ce partenariat et je suis sûr que dans le futur nos deux organisations travailleront ensemble de façon plus étroite encore, comme elles en ont toutes les deux exprimé le souhait.

Eusebi Casanelles
Président du TICCIH



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Dernière mise à jour: February 8th 2006 - webmaster@icomos.org