LE PATRIMOINE DE LA PRODUCTION

par Dinu Bumbaru, Secrétaire Général de l'ICOMOS


Des sites paléolithiques de taille d’outils en pierre aux grands complexes sidérurgiques voués à l’acier, des premiers champs de la vallée de l’Indus aux grandes prairies canadiennes ou argentines avec leurs emblématiques silos à grain aujourd’hui menacés, la production est intimement liée à l’activité des sociétés humaines. Avec la religion, l’explication et la connaissance du monde, le commerce ou la vie en société, la production – agricole ou industrielle – constitue un des piliers de cette aventure humaine dont le patrimoine est le premier témoignage.

La reconnaissance du patrimoine de la production varie selon les sociétés et les pays. Au Canada, par exemple, c’est en 1938 que la Commission des lieux et monuments historiques a reconnu le canal de Lachine à Montréal, berceau de l’industrialisation canadienne, comme lieu historique national. De telles reconnaissances ne furent toutefois pas garantes de la protection des monuments et des sites de l’industrie. Souvent mal aimé et affecté par le poids de la pollution et de mémoires souvent lourdes de peines, ce patrimoine demeure fortement menacé. D’une part, la poursuite de son activité industrielle première force son adaptation aux modes de production en évolution constante. D’autre part, la désindustrialisation les rend obsolètes tout en affectant les communautés ouvrières qui y sont associées. Enfin, la conservation de ces structures immenses ou hyper spécialisées ou de ces sites contaminés pose d’importants défis techniques qui appellent à la mise en commun des expériences concrètes.

Il a donc fallu attendre le développement d’une sensibilité chez les législateurs, chez les administrateurs publics chargés d’appliquer les lois et, bien entendu, chez les ingénieurs et dans les entreprises qui détiennent et utilisent ce patrimoine. Les recherches académiques, la naissance d’associations civiques vouées à la reconnaissance, la protection et la mise en valeur de ce patrimoine, voire les vagues de fermetures d’usines ont grandement contribué à cet éveil. Si l’Europe, le Royaume-Uni en tête, a contribué à lancer ce mouvement, de nombreux pays ont développé une diversité d’expériences de conservation de ces bâtiments, sites ou machines par leur utilisation novatrice ou par leur muséification judicieuse pour en favoriser la connaissance par un plus grand public.

Comme d’autres formes de patrimoine – le patrimoine récent ou celui associé à des chapitres sombres de l’histoire d’une société, par exemple – le patrimoine de la production ne bénéficie pas de l’attrait d’une beauté artistique ou d’une gloire historique qui émeuvent spontanément. Son message premier est de témoigner de la mémoire des sociétés récentes, marquées par l’industrie, et de l’ingéniosité des humains, qu’ils soient artisans ou ingénieurs, ouvriers ou patrons. En suggérant le thème du « Patrimoine de la production » pour l’édition 2006 de la Journée mondiale du patrimoine, des monuments et des sites, l’Assemblée générale de l’ICOMOS souhaite valoriser cette partie essentielle de la grande aventure de l’humanité. L’Assemblée a aussi demandé que l’ICOMOS, en étroite collaboration avec son partenaire le TICCIH, élabore des principes directeurs pour encourager et guider la conservation de ce patrimoine, travail entrepris en 2006 pour soumettre un texte à la prochaine assemblée, en 2008 au Canada.

Alors, bonne journée mondiale du patrimoine, des monuments et des sites! Bon 18 avril!

Dinu Bumbaru
Secrétaire Général de l'ICOMOS



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Dernière mise à jour: February 8th 2006 - webmaster@icomos.org